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Les Aigles de la République

Les Aigles de la République

de Tarik Saleh

  • Les Aigles de la République

  • France, Suède2025
  • Réalisation : Tarik Saleh
  • Scénario : Tarik Saleh
  • Image : Pierre Aïm
  • Costumes : Virginie Montel
  • Montage : Theis Schmidt
  • Musique : Alexandre Desplat
  • Producteur(s) : Johan Lindström, Alexandre Mallet-Guy, Linda Mutawi et Linus Torell
  • Production : Memento Films, Oy Bufo Ab, Ström Pictures et Unlimited Stories
  • Interprétation : Fares Fares (George Fahmy), Lyna Khoudri (Donya), Zineb Triki (Suzanne), Amr Waked (Dr Mansour), Cherien Dabis (Rula)...
  • Distributeur : Memento
  • Date de sortie : 12 novembre 2025
  • Durée : 2h09

Les Aigles de la République

de Tarik Saleh

Le Caire, nid de pions


Le Caire, nid de pions

Si Les Aigles de la République raconte un complot, son moteur est plus encore la fausse piste. Mêlant fiction et réel (le récit intègre la figure d’al-Sissi, actuel dictateur de l’Égypte, au sein d’une trame inventée), le film commence comme une comédie : George Fahmy, l’acteur le plus connu du pays (Fares Fares, comédien fétiche de Tarik Saleh), mais bonhomme un peu minable dans l’intimité – il est d’emblée présenté comme un père médiocre et un quinquagénaire désormais incapable de bander sans viagra – se voit contraint, à la suite d’intimidations, de jouer dans un biopic retraçant l’ascension du président lors du coup d’État de 2013. Fausse piste, on disait : on s’attend à ce que le film dans le film fasse l’objet de scènes truculentes, ou à ce que l’accent soit mis sur la censure, supervisée par l’éminence grise du régime, le « Dr. Mansour », qui rôde sur les plateaux du tournage. Or le scénario esquisse cette voie pour aller ailleurs, en même temps qu’il assèche progressivement les petits gags et les ruptures de ton. Les Aigles de la république ne sera de fait pas une comédie, puisqu’il n’y a ici rien de drôle : il a beau être invraisemblable que le grand George puisse prêter son 1m86 à ce nabot despotique (al-Sissi est laid, petit et chauve), la satire laisse place à une intrigue policière et à un réquisitoire contre le virage dictatorial de l’Égypte sous la férule de l’ex-militaire.

Il y a au fond deux pions dans ce stratagème : George, plongé dans un nid de vipères et d’intrigues politiques à tiroirs, et le spectateur, qui est induit en erreur par le cadre narratif, avant d’être surpris par une embardée tardive faisant basculer le récit pour de bon. On peut accepter de se prendre au jeu, à condition de ne pas faire du film autre chose que le fruit d’une tactique scénaristique plus ou moins habile ; la seule vraie surprise consiste en l’invention d’une page d’Histoire, dans un geste quasi tarantinien (mais visiblement inspiré d’un véritable complot fomenté en 2019). Parce qu’un film ne se résume jamais à un geste, et qu’un geste ne fait jamais un film, on reste sur sa faim : Saleh s’en tient à une machinerie narrative trop calculée et scolaire dans sa forme pour susciter un vertige à la hauteur de ce que son intrigue met en place.

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