Les Enragés

Les Enragés

de Detlev Buck

  • Les Enragés
  • (Knallhart)

  • Allemagne2006
  • Réalisation : Detlev Buck
  • Scénario : Zoran Drvenkar, Gregor Tressnow
  • d'après : le roman Knallhart
  • de : Gregor Tressnow
  • Image : Kolja Brandt
  • Décors : Udo Kramer
  • Son : Florian Niederleithinger, Dirk Jacob
  • Montage : Dirk Grau
  • Musique : Bert Wrede
  • Producteur(s) : Claus Boje, Sonja Schmitt, Jan Brandt, Michael André, Andreas Schreitmüller
  • Production : WDR (Cologne), Boje Buck Produktion, Arte
  • Interprétation : David Kross (Michael), Jenny Elvers (Miriam), Ehran Emre (Hamal), Oktay Özdemir (Erol), Kida Ramadan (Barut), Arnel Taci (Crille)
  • Distributeur : Jour2fête
  • Date de sortie : 28 mars 2007
  • Durée : 1h38

Les Enragés

de Detlev Buck

La société elle a plein de problèmes


La société elle a plein de problèmes

L’Enfant fait lui-même des petits. Mais ce jeune homme qui déambule dans la banlieue berlinoise n’a pas de poussette. Il n’a pas non plus de blonde jeune mère derrière lui. Sur une musique ressemblant aux égarements de Marie-Antoinette, Detlev Buck filme la violence urbaine dans toute sa splendeur. On ne redira rien de l’intention de ce dernier. On peut tout de même s’étonner, après La Promesse et L’Enfant, du peu d’originalité de cette représentation sociale de la jeunesse et du mode de représentation du réalisateur allemand.

Même caméra tremblante de la situation d’urgence d’une jeunesse abandonnée, livrée à elle-même et aux autres ; même griseur de la lumière, des murs tagués, des intérieurs déconstruits au cadre et invivables ; et enfin, même désœuvrement d’adolescents qui marchent sans but, qui errent sans conscience. Tout y est, les parents indignes, les jeunes hommes (car, dans le monde de Buck, la violence est masculine si l’irresponsabilité est féminine) portés sur la boisson : Michael vit avec sa mère, Miriam, paumée psychologiquement tant les larmes et les rires se mêlent, et physiquement tant ses choix masculins sont discutables. Le père est inconnu, absent, on n’en parlera jamais. La mère est une adolescente, mère trop jeune, pas vraiment mère, tentant de vivre en oubliant son milieu. L’enfer, c’est la pauvreté mais c’est surtout les autres. Michael débarque dans une école, doit choisir son camp sous peine d’être tabassé tous les matins. Ses amis commencent à décapsuler à dix heures du matin, accrochés à un canapé. Sa mère n’ouvre sa porte (et ses draps) qu’à des hommes aussi paumés qu’elle mais plus malins et voleurs. La violence est partout : physique évidemment, mais sociale également. Ce n’est pas bien nouveau, mais le rappeler est toujours intéressant et nécessaire.

Un tableau noir donc, pour une réalité sans doute aussi noire. Nous parlons cependant ici de cinéma, et non seulement de dénonciation. Detlev Buck semble s’inspirer des divers réalisateurs sus-cités et de la méthode documentaire d’observation de ses sujets. Mais, pour traiter le sujet vital de la déperdition humaine, il se contente bien trop fréquemment de reproduire les schémas narratifs et visuels déjà maintes fois utilisés ces dernières années. On aura ainsi quelques plans sur Michael en jean/tee-shirt marchant seul dans les rues qui se donnent. On aura également le regard, un brin manichéen et parfois racoleur d’un Wassup Rockers !, ses gangs à casquette, à dents jaunes et à chaînes en or, joey-starrisants. Mais la réflexion s’arrête au stade de la pure démonstration de reportage pour 20h, sans originalité cinématographique plus grande que la caméra à l’épaule sensée refléter l’horreur de la quotidienneté, et ne montrant qu’un réalisme bancal d’une représentation déjà vue. Trop répétitifs et trop peu inspirés, ces Enragés ne forment qu’une fiction relativement peu valable, si la réalité qu’elle tend à dénoncer l’est malheureusement. Mais un sujet ne fait pas un film.

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