Lino
  • Lino

  • France2007
  • Réalisation : Jean-Louis Milesi
  • Scénario : Jean-Louis Milesi
  • Image : Jérôme Peyrebrune, Jean Charruyer
  • Son : Ludovic Elias, Benoît Thuault
  • Montage : Jean-Louis Milesi, Jackie Bastide
  • Musique : Vincent Stora, Arnaud Samuel
  • Producteur(s) : David Kodsi, Jan Vasak
  • Interprétation : Lino Milesi (Lino), Jean-Louis Milesi (l’homme-tirelire), Jean-Jérôme Esposito (le boxeur), Ged Marlon (le comédien), Serge Riaboukine (le garagiste), Aurélie Vérillon (l’amie)...
  • Distributeur : Zelig Films Distribution
  • Date de sortie : 28 janvier 2009
  • Durée : 1h23

Naissance d'un père


Naissance d'un père

Lino, « comme Lino Ventura », a 2 ans. Celui qui s’en occupe accuse la cinquantaine et se met à la recherche du père. Jean-Louis Milesi a écrit et réalise ce conte sombre autour de la quête paternelle, il interprète aussi le rôle-titre en compagnie de son propre fils. Un film atypique et âpre dans lequel infuse une sobre émotion.

Ponette (1996) de Jacques Doillon avait donné lieu à un casting de plus de six mois et révélé Victoire Thivisol, couronnée à l’âge de quatre ans à la Mostra de Venise pour son interprétation dans cette histoire filmée à hauteur d’un enfant de quatre ans. Jean-Louis Milesi n’a pas eu à prospecter dans des dizaines d’écoles puisque c’est son propre fils qui a été le déclencheur. Envie de capter les regards et attitudes de cet enfant, « sans me tourner vers le documentaire ou sur une histoire centrée sur lui au sens premier, ma relation avec mon fils n’intéressant personne ». L’idée du réalisateur est de donner à Lino « la possibilité de s’exprimer au cœur d’une fiction ». Il est certain qu’un acteur d’un tel âge place le tournage sous contrainte ; on ne tourne les scènes que deux ou trois fois et on n’a pas toujours le temps d’attendre la bonne lumière, d’où une facture parfois imparfaite largement compensée par une spontanéité et un côté brut.

Lino est le second long-métrage de Jean-Louis Milesi après Fragile, réalisé pour la télévision. Il n’est pas pour autant le premier venu puisqu’il est le scénariste attitré de Robert Guédiguian, neuf films dont Marius et Jeannette ou encore La ville est tranquille et Lady Jane. À ce titre, la première réussite de Lino, en se situant loin d’un placage linéaire d’images sur des mots, est précisément de ne pas tomber dans le scénario filmé. Il s’agit même d’un cinéma au ton très libre, privilégiant le naturel, variant les échelles de plan et s’attardant sur des détails du quotidien, notamment un camembert que l’enfant charcute allègrement. Cela n’est pas sans évoquer parfois Alain Cavalier dans sa veine autobiographique. La caméra saisit et attrape au vol gestes et moments.

Le film est basé sur la cohabitation entre deux corps dissemblables et opposés. Celui de Lino est vif et alerte, sans cesse trimballé. C’est aussi un corps « neuf » auquel l’homme (Jean-Louis Milesi), qui n’a pas de prénom, est chargé d’inventer ou au moins de sauvegarder un devenir. Ce dernier traîne un lourd passif, il s’agit d’une enveloppe usée, ventrue et pesante. La solitude qui est la sienne lui octroie une très grande tension intérieure. On apprend qu’Émilie, la mère de l’enfant, était sa compagne ; jeune, plus que frivole et très portée sur la drogue. Il faisait office de « tirelire », elle est désormais morte. L’homme parcourt de nombreuses distances visant à combler l’espace entre l’enfant et son père. Cette recherche constitue un fil narratif où l’on va de rencontres en rencontres : un garagiste (Serge Riaboukine), un boxeur (Jean-Jérôme Esposito) et un comédien (Ged Marlon). Par l’intermédiaire de cet homme qui retrouve un revolver dans les affaires de la défunte, une dynamique suicidaire traverse le film ; une sourde violence et la mort rôdent.

Ce n’est que tardivement qu’un corps féminin s’impose dans le cadre, lorsque l’homme rencontre une amie d’Émilie, par laquelle on accédera à la teneur de la relation qu’il entretenait avec la mère de Lino. Avant cela, le film est basé sur un effacement des figures féminines. Ces dernières ne sont présentes que hors champ par l’intermédiaire des coups de fil à la DDASS. Voix douces, prévenantes et bienveillantes que Jean-Louis Milesi a enregistré sans prévenir qu’il agissait pour une fiction. Mais c’est à partir d’un autre « coup de fil », dont on garde la teneur secrète, que l’on passe de la gestation à la naissance d’un père.

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