Lucy

Lucy

de Henner Winckler

  • Lucy

  • Allemagne2006
  • Réalisation : Henner Winckler
  • Scénario : Henner Winckler, Stefan Kriekhaus
  • Image : Christine A. Maier
  • Montage : Bettina Böhler
  • Producteur(s) : Florian Koerner von Gustorf, Michael Weber
  • Interprétation : Kim Schnitzer (Maggy), Gordon Schmidt (Gordon), Feo Aladag (Eva), Polly Hauschild (Lucy), Ninjo Borth (Mike), Ganeshi Becks (Nadine)...
  • Date de sortie : 19 juillet 2006
  • Durée : 1h33

Lucy

de Henner Winckler

Seul à seul


Seul à seul

Pour son second long métrage après Voyage scolaire (2002), Henner Winckler s’intéresse encore à l’adolescence. Lucy est un film troublant et brut sur une jeune mère célibataire de 18 ans. Une œuvre qui refuse l’explication psychologique et concourt à faire de la réalité humaine qui nous est présentée une sorte de paysage, une surface lisse que l’on observe sans pouvoir la percer. Mais cette opacité de la forme au lieu d’expulser le spectateur du film a plutôt tendance à le convoquer.

Il y a dans Lucy un véritable parti-pris esthétique qui s’impose dès les premiers plans du film : celui de construire une histoire en refusant l’explication psychologique, en acceptant l’opacité d’une réalité humaine. La méthode de Winckler consiste à extraire un segment et de laisser le spectateur imaginer ce qui a pu se passer avant et après. Lucy c’est l’histoire d’une jeune mère de 18 ans, Maggy, qui vit avec sa mère et sa petite fille de huit mois dans un appartement de Berlin Est. Trois femmes délaissées par les hommes, trois femmes qui vivent indépendamment et qui constatent que de mère à fille, l’histoire se répète. Ni d’époux, ni de père.

La force de la mise en scène de Winckler consiste à construire le film à partir d’une histoire simple et d’un refus de la transparence. Il n’y a rien de spectaculaire dans Lucy, mais seulement l’exercice d’un regard, une manière de proposer une réalité humaine dans ce qu’elle a à la fois de particulier et d’observable. Le déploiement narratif repose sur des torsions qui ne semblent pas être le fait d’une construction scénaristique mais plutôt d’une observation.

Rien n’est simple dans Lucy, car personne n’est coupable : ni Maggy, qui n’a rien de la mère indigne, ni Mike, trop jeune pour assumer une paternité. Gordon, le petit copain, essayera bien lui aussi de devenir le père adoptif de Lucy. Mais il sera emporté à son tour par d’autres préoccupations. Le plus grand mérite de Winckler a été d’éviter de figer ses personnages dans des caractéristiques prédéterminées. Rien n’est fixé, rien n’est acquis. Les frontières sont mouvantes, toujours prêtes à évoluer. Winckler a travaillé de façon à ce qu’il y ait un mouvement de va-et-vient entre le film et la vie réelle, il attend des acteurs qu’ils apportent une dimension personnelle aux personnages qu’ils incarnent. Car Maggy, Mike ou Gordon ne sont jamais d’un seul tenant. Ils évoluent au fil du film. L’enfant est à cet égard le catalyseur. Il amorce les changements de situation, c’est à cause de lui qu’évolue le regard de chacun des personnages. Dans Lucy des pistes sont ouvertes dans plusieurs directions, puis, parfois, abandonnées. Henner Winckler a décidé de raconter une histoire simple, sa beauté surgit aux détours des chemins qu’il lui fait emprunter. À la façon d’un documentariste, le cinéaste allemand organise un tâtonnement et recueille les balbutiements de la vie réelle.

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