Les tentatives de films musicaux français sont assez rares pour qu’elles ne suscitent pas l’intérêt. Malheureusement les fées semblent avoir perdu leurs baguettes dans ce conte pour enfants en chansons mais sans inspiration. Le comble pour un film qui s’appelle « magique » !
Entre la France et la comédie musicale, l’histoire d’amour s’est très rarement chantée avec un grand A. Plébiscitée dans les pays anglo-saxon, le musical n’est pas en honneur de sainteté chez nous : la promotion de Sweeney Todd de Tim Burton était en ce sens particulièrement révélatrice de ces réticences, le distributeur se gardant bien d’insister sur le côté chanté du film. Les raisons d’un tel rejet ? Culturelles sûrement, artistiques aussi (on a du mal à produire chez nous des artistes polyvalents capables de chanter, danser et jouer la comédie), mais aussi quelques ratés historiques quand dans les années 1950 puisque certains grands musicals, à l’instar de My Fair Lady, sortaient chez nous avec les chansons traduites en français. Ce désenchantement à l’égard d’un genre qui se rapproche pourtant par bien des aspects d’un idéal de « spectacle total » cher à Antonin Artaud en aurait dissuadé plus d’un. Et il fallu beaucoup d’opiniâtreté à Philippe Muyl pour réussir à monter son projet. Avorté plusieurs fois, c’est avec l’aide de capitaux canadiens que Magique ! put enfin éclore, transportant au passage Cali et Marie Gillain dans des paysages qui sentent bon le sirop d’érable.
Pari réussi ? Pas vraiment. Les premières images sont même agaçantes, le film se rapprochant plus d’un épisode de L’Instit que de Minnelli : acteurs qui ne sont pas toujours justes, mise en scène inexistante, chansons qui ont du mal à s’installer. Le fond du propos n’est pourtant pas si inintéressant et la beauté des (bons) sentiments empêchent d’être totalement hostiles à Magique !. Car sous ses airs de conte réaliste pour enfants, le film peut aussi se lire comme une ode un peu niaiseuse sur les pouvoirs thérapeutiques de l’art : un petit garçon qui vit seul avec sa mère propose à une troupe de cirque itinérant de s’installer dans leur jardin, espérant que ces artistes pourront sortir sa maman du spleen dans lequel elle est plongée. Les intentions sont louables mais pas suffisantes. Les esprits les plus aguerris trouveront bien quelques motifs à rapprocher de l’univers de Jacques Demy : la troupe du cirque fait écho aux forains des Demoiselles de Rochefort (la chanson où Cali et Antoine Duléry se présentent au petit garçon est d’ailleurs très proche de celle que chantent les forains à Danielle Darrieux), Marie Gillain est en recherche d’un idéal masculin cybernétique tout comme Catherine Deneuve et Jacques Perrin se fantasmaient en peinture…. Mais bien entendu, Magique ! est loin de la virtuosité du cinéaste nantais lorsqu’il réactive les pouvoirs du « Il était une fois » dans Peau d’Âne ou Le Joueur de flûte.
Comme dans Émilie Jolie ou plus récemment Le Soldat rose, le petit garçon de Magique ! fait la connaissance des différents membres du cirque qui chacun leur tour se présentent ou lui transmettent une leçon de vie. Mis à part un numéro de rap (délibérément ?) ridicule d’Antoine Duléry, les chansons originales écrites par Philippe Muyl et composées par Cali remplissent parfaitement leur cahier des charges dans un style très nouvelle scène française. Par contre, que dire de la mise en scène plate et sans inspiration des numéros musicaux… Alors que l’on reproche aux nouveaux réalisateurs de comédies musicales une mise en scène trop inspirée des clips (pour le meilleur quand il s’agit de Baz Luhrmann dans Moulin-Rouge, pour le pire quand Joel Schumacher massacre Le Fantôme de l’Opéra), Philippe Muyl, lui, joue la carte de la sobriété, sobriété qui fait moins écho à un parti-pris esthétique qu’à un manque total d’inspiration et de créativité. Pour exemple, il systématise pendant presque tout le film les mêmes procédés pour filmer ses chansons : soit un travelling avant sur le personnage qui chante ses états d’âmes, soit un jeu de montage très pauvre entre plan large, moyen et rapproché pour les numéros plus chorégraphiés. Seuls quelques duos entre le garçon et Cali prennent une aura poétique (quoique proche du cliché lorsque les deux acteurs sont filmés dans le clair obscur du soleil couchant) ; et il faut réellement attendre la fin de Magique ! pour qu’apparaisse une « certaine » audace. De même, on peut se demander pourquoi Philippe Muyl n’a pas mieux exploité le carnavalesque et la féérie que pouvait lui apporter la présence de cette troupe de freaks édulcorés. Notons que dans le dossier de presse du film, Philippe Muyl donne un peu le bâton pour se faire battre lorsqu’il avoue que mis à part Evita ou Moulin-Rouge, il n’a jamais été un aficionado des comédies musicales. Ceci explique peut-être pourquoi Magique ! n’arrive pas à trouver son style et semble parfois même embarrassé par l’apparition des chansons.
Curiosité et attrait marketing, ce film offre au chanteur Cali son premier grand rôle au cinéma. Philippe Muyl n’est certainement pas un grand directeur d’acteurs et la palette du Cali comédien n’est pas exploitée entièrement. Du coup ce dernier n’est pas toujours juste. Il finit quand même par imposer son air de doux rêveur romantique. Le personnage qu’il interprète s’appelle d’ailleurs Baptiste et il est difficile de ne pas y voir un écho au Pierrot lunaire des Enfants du Paradis. En définitive, Cali reste la seule curiosité de ce film au demeurant inoffensif mais sans aucun pouvoir magique.