L’arrivée de Napoléon sur l’île d’Elbe est un signe pour Martino : l’heure est venue pour lui de supprimer le tyran sanguinaire. Mais ses convictions vacillent lorsque l’empereur fait appel à lui pour être son biographe et rédiger ses mémoires. Si l’idée d’aborder Napoléon en le mettant au second plan de la narration était bonne, le traitement est beaucoup moins convaincant. Les boursouflures comiques alourdissent cette fiction historique qui aurait mérité d’être faite avec un peu plus de conviction.
Le film de Paolo Virzì présentait plusieurs particularités qui lui conféraient un intérêt autre que d’être un énième film sur Bonaparte (à l’instar de Monsieur N. d’Antoine de Caunes). Cette fiction aborde Napoléon indirectement, à travers le personnage de Martino (Elio Germano) qui rêve de supprimer le « tyran sanguinaire » (Daniel Auteuil) mais se met à douter de ses convictions au contact quotidien d’un empereur, usé et fatigué.
Cette approche offrait l’opportunité de construire entre les deux hommes des situations de tensions intéressantes : Martino est soumis temporairement et par nécessité à Bonaparte mais conserve sur l’empereur un regard critique et ose le remettre en question ; à l’opposé, un Napoléon, humain et fatigué, discute avec lucidité de la politique qu’il conduit sur l’île et dresse un bilan critique de sa carrière et de sa vie.
La grande originalité du film réside sans doute dans le choix de Paolo Virzì de faire de son Napoléon, non pas le plus fidèle portrait possible de ce que devait être l’empereur en exil, mais un véritable personnage de fiction, habile mystificateur réussissant à abuser tous ceux qui l’entourent (peut-être avons-nous là un portrait qui, en se débarrassant de l’obsession de la vraisemblance historique, livre de Bonaparte une image paradoxalement plus crédible que celle d’Antoine de Caunes). Finalement, Napoléon se révèle bien le personnage central de ce film, acteur principal mis en retrait pour mieux se faire désirer.
Paolo Virzì semble cependant craindre le sérieux et, à défaut d’explorer les situations que son histoire ouvre à lui, fuit tout ce qui risquerait de résonner avec un peu de profondeur (c’est par le hasard d’une réplique anodine qu’on apprend par exemple que Martino hait l’empereur pour avoir trahi les révolutionnaires italiens). Le metteur en scène veut faire d’un film qui ne s’y prête pas une comédie et multiplie les anecdotes se voulant drôles, principalement à travers la sœur de Martino. Ces saynètes où les personnages crient et gesticulent agacent vite et font regretter le manque de lucidité du réalisateur.
Paolo Virzì semble avoir voulu pousser son film coûte que coûte dans la comédie. Ce choix laisse perplexe, d’autant que l’on perçoit, dans certaines scènes (notamment celle du départ de Napoléon où apparaît son véritable visage et non plus le rôle qu’il jouait) le propos réel du film et son originalité. Le réalisateur livre finalement un film mineur et sans profondeur. Et c’est visiblement ce qu’il recherchait.