Natür Therapy
Natür Therapy
    • Natür Therapy
    • (Mot Naturen)
    • Norvège
    •  - 
    • 2014
  • Réalisation : Ole Giæver
  • Scénario : Ole Giæver
  • Image : Øystein Mamen
  • Décors : Julie Lozach Asskildt
  • Costumes : Julie Lozach Asskildt
  • Son : Bent Erik Holm
  • Montage : Ole Giæver, Frida Eggum Michaelsen
  • Musique : Ola Fløttum
  • Producteur(s) : Maria Ekerhovd
  • Interprétation : Ole Giæver (Martin), Marte Magnusdotter Solem (Signe), Sivert Giæver Solem (Karsten), Rebekka Nystabakk (Helle)
  • Distributeur : Épicentre Films
  • Date de sortie : 9 septembre 2015
  • Durée : 1h20

Natür Therapy

Mot Naturen

réalisé par Ole Giæver

Pour son deuxième long-métrage après The Mountain (réalisé en 2011 mais resté inédit chez nous), le réalisateur et acteur norvégien Ole Giæver se confronte de nouveau aux grands espaces nordiques pour en faire des terrains de jeu et d’expérimentation de l’intime. Sauf qu’ici, à la différence du premier film qui traitait de la question du deuil, Natür Therapy joue la carte d’une trivialité teintée de mélancolie, à l’opposé du jusqu’au-boutisme démonstratif d’Into the Wild de Sean Penn et Wild de Jean-Marc Vallée auxquels il serait tentant de le comparer. Martin (joué par le réalisateur lui-même) est un travailleur et père de famille, bientôt quadragénaire, qui traverse subitement une crise existentielle dont il n’appréhende pas bien les contours : il sait simplement qu’il ne supporte plus son quotidien professionnel, qu’il ne partage plus aucune complicité ni intimité avec sa femme et qu’il éprouve quelques difficultés à jouer les papas-poules avec son jeune fils. Sur un coup de tête, il décide donc de quitter le foyer pour le week-end, prétextant suivre un groupe de potes partis randonner. En fait, c’est totalement seul que Martin va arpenter les collines verdoyantes de Norvège, sans but ni objectif, juste pour le plaisir de se soustraire pendant un temps donné au rôle auquel l’assignent ses responsabilités.

Échappée à durée déterminée

Tout le sel de Natür Therapy repose dans son rapport à la temporalité : le récit ne fait jamais mystère du temps imparti à son héros pour vivre cette échappée belle. Au cours de ces deux jours de folle cavalcade, nulle promesse d’un éventuel changement de vie ne vient corrompre la nature profonde du comportement de Martin. Loin d’être défini comme un idéaliste qui entend redéfinir son rapport au monde, le jeune homme vit une expérience régressive au cours de laquelle il laisse exprimer ses petites frustrations égocentriques. Cela justifie le recours à une voix-off omniprésente qui donne accès – quasiment sans aucun filtre – aux pensées les plus absconses du personnage. Dans d’autres cas, cela pourrait donner lieu à un exercice de style un peu pesant et démonstratif mais le réalisateur ne cherchant à aucun moment à faire valoir la grandeur métaphysique de l’expérience, Natür Therapy évite l’écueil du film à thèse. Rivé aux fesses de Martin, le dispositif filmique le met donc en scène dans une série de petites humiliations qui ne font qu’annoncer l’échec global de l’entreprise. Alors que le personnage ne vise qu’à prendre une sorte d’envol symbolique (qu’illustre logiquement le recours ironique au tube très eighties d’Alphaville, «Forever Young»), il semble condamné par une sorte de retour à soi perpétuel, ultime centre de gravité du film.

Battre en retraite

Mais en marge d’un goût prononcé pour l’exercice masturbatoire qui n’apporte jamais le réconfort espéré, Natür Therapy révèle sa belle acuité là où on ne l’attendait pas vraiment. Au détour d’un flot de paroles parfois vides qui trahissent la tentative désespérée de Martin de retrouver sa propre singularité, surgit une pensée qui trouve sa pleine incarnation en quelques mots. On pense par exemple à cet instant où le personnage, engagé depuis plusieurs heures dans sa longue marche et son flot de pensées triviales, en vient comme par accident à se souvenir de son père disparu. La mémoire et ses limites trouvent ici un écho troublant dans la démarche de Martin, ramené à sa propre insignifiance face à l’immuabilité des décors qu’il traverse. Il est dommage que le réalisateur, pour conforter cette idée, ait ensuite recours à une autre scène de remplissage musical pour signifier la compréhension – et surtout l’acceptation – de cette humilité forcée, laissant la beauté des images-posters prendre le pas sur la démarche initiale. Car finalement, il ne faut chercher aucun universalisme dans l’expérience de Martin, Natür Therapy étant sans cesse guidé par les choix du personnage, libéré de tout déterminisme social et narratif. C’est d’ailleurs là que se situe la clé du film, bien plus amer qu’il n’y paraît, et sa conclusion qui ne manquera pas de déconcerter, voire de décevoir : pourtant, à aucun moment le propos d’Ole Giæver est de faire l’apologie d’un retour aux valeurs traditionnelles. Le réalisateur ne fait que constater l’impossibilité de certains d’entre nous à pouvoir réellement s’affranchir du rôle qui nous est assigné.

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