Night Watch

Night Watch

de Timur Bekmambetov

  • Night Watch
  • (Ночной Дозор / Notchnoï Dozor)

  • Russie2005
  • Réalisation : Timur Bekmambetov
  • Scénario : Sergueï Loukianenko, Timur Bekmambetov
  • d'après : Les Sentinelles de la Nuit
  • de : Sergueï Loukianenko
  • Image : Sergueï Trofimov
  • Montage : Dmitri Kisseliov
  • Musique : Iouri Poteïenko
  • Producteur(s) : Anatoli Maksimov, Konstantin Ernst
  • Interprétation : Konstantin Khabenski (Anton Gorodetski), Vladimir Menchov (Boris Geser), Galina Tiounina (Olga), Viktor Verzbitski (Zavulon), Maria Porochina (Svetlana)...
  • Date de sortie : 28 septembre 2005
  • Durée : 1h55

Night Watch

de Timur Bekmambetov

Bienvenue à Moscollywood


Bienvenue à Moscollywood

Matrix n’en finit pas de faire des petits. Y compris de l’autre côté de l’Atlantique : en regardant Night Watch, premier épisode d’une trilogie fantastique russe et épileptique comme une mauvaise vidéo de MTV, on se dit que la Guerre Froide est définitivement terminée. Surfant sur la vague des films à épisodes (Star Wars, Harry Potter, Le Seigneur des anneaux, et bientôt Le Monde de Narnia), le réalisateur Timur Bekmambetov propose une sorte de film-compilation dont on se demande parfois s’il ne s’agit pas plutôt d’une demande de Carte Verte pour aller travailler à Hollywood. Issu de la publicité et du clip (sans blague ?), Bekmambetov a déjà réalisé deux films dont le précédent, Gladiatrix (sic), annonçait la couleur jusque dans son titre : ce n’est pas parce qu’on est un jeune metteur en scène russe qu’on ne sait pas faire du gros cinoche américain qui tache.

Night Watch, adapté d’une série de best-sellers de la littérature fantastique soviétique, est donc le premier d’une série de trois films racontant la lutte ancestrale que se livrent, en Russie, les Forces de l’Ombre et les Forces de la Lumière. Garants du respect d’une trêve conclue entre les deux parties, les « Autres » sont des gardiens visionnaires qui, dans l’ombre de leurs concitoyens, se battent sans relâche pour le bien de l’humanité (rien que ça). Mais cet équilibre est fragile, et le risque qu’un de ces « Autres » bascule du mauvais côté pourrait mener notre monde à sa perte…

Dans les premières minutes du film, Bekmambetov annonce la couleur : les acteurs jouent en russe, mais la voix-off est en anglais. Le metteur en scène assume son désir de réunir dans le même film sa culture d’origine et celle qui l’a influencé artistiquement. Contre toute attente, il réussit dans les premières scènes à installer un concept hybride qui fonctionne particulièrement bien : insérer, dans une ambiance à la fois mélancolique et baroque propre au cinéma russe, une folie fantastique vraiment originale (même si on reconnaît çà et là quelques emprunts aux frères Wachowski, à Tim Burton ou encore à John Lasseter), et ce malgré une tendance assez agaçante à ne pas faire durer un plan plus de quatre secondes. Ainsi de cette scène improbable où une « sorcière » déboule dans l’appartement dostoïevskien en diable du futur héros afin d’y exercer sa magie noire. Rien de révolutionnaire, mais le choc des univers (un pan de l’imagerie populaire soviétique confronté à un parti-pris visuel très américain) est suffisamment intrigant pour retenir l’attention.

Las, l’illusion ne dure pas. Très vite, le cinéaste nous sert les clichés à la louche : vampires karatékas qui se battent sur des ralentis à la Matrix en écoutant du trash-metal, anti-héros fatigués obligés de porter des lunettes noires dans le métro, enfant-messie sur lequel repose l’avenir de l’espèce humaine… Sans oublier le scénario, vague pudding indigeste qui brasse à peu près tout ce que le cinéma fantastique américain a pu proposer ces dix dernières années. Entre deux bâillements, on s’amuse à reconnaître les meilleurs effets spéciaux déjà entr’aperçus dans la bande-annonce ou à comparer le jeu outrancier des comédiens à celui, à peine meilleur mais plus monolithique, de Keanu Reeves dans la trilogie des Wachowski. Pas grand-chose de plus à se mettre sous la dent. Est-ce là l’avenir du cinéma russe, dont Alexandre Sokourov est l’un des seuls à nous donner des nouvelles d’un festival de Cannes à l’autre ? N’y a‑t-il pas de place pour un cinéma populaire national à la fois conscient des nouvelles données économiques et visuelles et soucieux de préserver son identité ?

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