No et moi

No et moi

de Zabou Breitman

  • No et moi

  • France2010
  • Réalisation : Zabou Breitman
  • Scénario : Zabou Breitman, Agnès de Sacy
  • d'après : le roman No et moi
  • de : Delphine de Vigan
  • Image : Michel Amathieu
  • Son : Henri Morelle
  • Montage : Françoise Bernard
  • Producteur(s) : Frédéric Brillon, Gilles Legrand
  • Production : Epithète Films, France 3 Cinéma
  • Interprétation : Julie-Marie Parmentier (No), Nina Rodriguez (Lou), Antonin Chalon (Lucas), Bernard Campan (le père), Zabou Breitman (la mère)...
  • Distributeur : Diaphana
  • Date de sortie : 17 novembre 2010
  • Durée : 1h45

No et moi

de Zabou Breitman

Sans toi ni moi


Sans toi ni moi

Avec ce quatrième film, on espérait que Zabou Breitman allait enfin nous faire plaisir, en parvenant à allier qualité du sujet (son grand atout) et qualité du traitement (sa grande faiblesse). Malheureusement, le sentiment de déception domine avec No et moi, où l’adaptation du roman homonyme de Delphine de Vigan prend l’allure d’un exercice scolaire poussif, malgré quelques belles intentions de réalisation mal maîtrisées.

À treize ans, Lou (Nina Rodriguez) est en classe de seconde dans un lycée parisien. Si sa précocité ne lui pose pas vraiment de problème, elle ne partage cependant pas grand-chose avec ses camarades. Ce n’est pas à ces filles qui gloussent comme des dindes, devant des garçons en pantalon slim à la mèche rebelle, qu’elle va confier son désarroi de vivre avec des parents emmurés dans la dépression. Depuis que la petite Thaïs s’est arrêtée de respirer dans son berceau, la famille Bertignac n’existe plus vraiment. Dans sa solitude, Lou n’en reste pas moins alerte au monde qui l’entoure, comme nous le rappelle à chaque instant la voix de cette jeune narratrice. Quand un professeur lui demande de réaliser un exposé, elle décide de décrire l’itinéraire d’une jeune SDF. Lou vient de rencontrer No (Julie-Marie Parmentier), qui s’est retrouvée à peine majeure dans la rue à frayer avec des sans-abri chevronnés. Malgré son air juvénile, elle a le verbe haut et la descente facile. Au-delà de l’exercice scolaire, Lou, fascinée, ne peut se résoudre à continuer de vivre en sachant No dehors, errant d’un foyer à l’autre. Lou va recueillir la jeune femme chez elle et voir sa famille renaître peu à peu.

Dès les premières séquences, la mise en scène transforme Julie-Marie Parmentier en un pantin bondissant, à la limite du clownesque. Lorsque les deux filles se retrouvent au café, le découpage prépare un montage de plus en plus elliptique, jusqu’à l’utilisation du « jump cut », transcrivant à l’image l’impression d’un foisonnement confus dans les récits anecdotiques de la SDF face à une adolescente circonspecte. En voyant Julie-Marie Parmentier singer ainsi les jeunes femmes des rues, une image vieille de vingt-cinq ans déjà vient se superposer à cette fausse bonhomie : celle de la troublante et sauvage Mona, incarnée par Sandrine Bonnaire dans Sans toit ni loi (Agnès Varda, 1985). Dans ce film âpre, les choix formels étaient très rigoureusement pensés en fonction de l’identité de ce personnage en rupture sociale, dans une suite d’amples travellings latéraux (de droite à gauche pour suggérer la régression fatale de Mona). Mais Zabou Breitman n’est certainement pas Varda et, tout au long du film, ses choix maladroits vont rester des intentions manquées.

Ah, voix-off, voix-off, quand tu nous tiens ! Dans le cas de l’adaptation littéraire, le procédé peut paraître difficile à contourner. Ici, il s’avère même tout à fait pertinent pour suggérer l’acuité de la jeune Lou à réfléchir sur le monde qui l’entoure, pour signifier la spécificité de cette adolescente si différente et si semblable aux autres en même temps. Le problème, c’est que le résultat n’est pas du tout à la hauteur. Le texte donne l’impression d’être simplement lu par la jeune Nina Rodriguez, qui est pourtant tout à fait convaincante dans les scènes jouées. Loin d’incriminer la jeune fille, qui porte avec sensibilité le film sur ses épaules, on peut déplorer la maladresse d’une direction d’acteurs qui ne parvient pas à orienter convenablement le travail conséquent demandé à cette toute jeune comédienne. Le commentaire vient donc littéralement étouffer le film, qui devient juste verbeux en cherchant à construire une émotion factice. Au bal des bonnes intentions manquées, Zabou Breitman mène la danse. En témoigne le choix mal assumé d’intégrer des intermèdes animés, où le dessin délicat viendrait figurer les pensées de Lou. Le procédé étant utilisé une première fois dans le dernier tiers du film et une seconde fois au moment du générique final, il donne l’impression d’être placé au hasard, de se réduire au simple subterfuge visant à supprimer deux passages de voix-off (dont l’abondance gênerait donc la réalisatrice elle-même…).

No et moi propose certes un récit particulièrement intéressant, alliant histoire d’amitié passionnelle et réflexion sociale. Mais il ne peut se contenter de s’attribuer les qualités qui étaient celles du roman de Delphine de Vigan. Le travail d’adaptation ne convainc pas et cette version filmique est juste sauvée par la présence solaire de ses jeunes interprètes, filmés tout de même avec une certaine élégance dans quelques scènes touchantes. Ainsi, dans un moment silencieux d’intimité sororale, va naître la puissance du lien entre Lou et No. Dans la lumière surannée d’une salle de bain vaporeuse, Lou lave le corps presque livide de la jeune SDF à bout de force, enfin à l’abri d’un appartement calme et chauffé, comme pour lui redonner vie. C’est aussi dans les silences et les non-dits que Julie-Marie Parmentier, avec sa capacité à s’emparer de personnages borderline, construit l’ambivalence sauvage et la fragilité pathologique de No. De façon générale, le film devient touchant lorsqu’il travaille l’ambiguïté. C’est le cas dans les scènes où les deux filles partagent la solitude de Lucas, camarade de classe de Lou. Zabou Breitman compose alors un joli portrait de l’adolescence, en laissant transparaître au détour d’un regard les tensions de la relation entre ces trois êtres en quête d’identité, laissés-pour-compte chacun à leur façon. C’est ce film-là qu’on aurait aimé voir davantage.

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