Bruce Willis est un cas. Sa filmographie compte un nombre incalculable de navets, suffisamment pour faire de lui un des grands champions du cinéma jetable dont seuls les Américains ont le secret. Mais Bruce Willis, c’est aussi Pulp Fiction, L’Armée des 12 Singes (chef d’œuvre de Terry Gilliam), le très beau et mésestimé Incassable et, bientôt, Sin City, adaptation gonflée du comics de Frank Miller, en compétition officielle à Cannes 2005. Des films ambitieux dans lesquels le comédien Willis éclipse magnifiquement la star Bruce, par un jeu minimaliste, humble et souvent impressionnant. Otage ne fait hélas pas partie de cette courte liste. Et pour cause : pour sa seconde collaboration avec un réalisateur français (après l’immonde Cinquième Élément de Luc Besson), Bruce Willis nous refait le coup du thriller à la papa, calibré pour les dimanches soirs en charentaises sur TF1. L’expatrié du mois se nomme Florent-Emilio Siri, qui rejoint les nombreux frenchies dézingués sur le champ d’honneur hollywoodien. Ça ferait presque un peu de peine, mais économisons nos kleenex : personne n’a forcé nos compatriotes réalisateurs à s’user la santé sur des séries B destinées à pourrir dans d’obscurs vidéo-clubs.
Le rêve américain a fait un paquet de victimes. On se souvient avec tristesse de Jean-Pierre Jeunet et Alien 4, Mathieu Kassovitz et Gothika, Pitof et Catwoman (les deux avec Halle Berry, est-ce un signe ?) et tout récemment, Jean-François Richet et Assaut sur le Central 13. Peut-être que ces cinéastes, nourris au montage MTV et aux pubs, n’ont pour seule ambition que d’être les futurs poulains de l’écurie Bruckheimer, usine à films indigestes pour ados zappeurs. Peut-être que leur conception du cinéma se résume à l’équation star + effets spéciaux = dollars. Peut-être aussi qu’on s’en fout, après tout.
Rappelons quand même à ces agités de la Steadicam que Michel Gondry est français, qu’Eternal Sunshine of the Spotless Mind est un film entièrement américain, tourné avec des stars (Jim Carrey, Kate Winslet, Kirsten Dunst), et qu’il reste envers et contre tout un superbe film d’auteur, pas chiant pour deux sous et qui, grâce à son petit budget, a réussi à être rentable. Comme quoi, finalement, ce qui manque à la plupart de ces Français obsédés par Hollywood, c’est le talent.
Quant à Bruce Willis… Il serait peut-être temps pour lui de prendre sa retraite dignement. Dans le sud de la France ?