Phénomènes paranormaux

Phénomènes paranormaux

de Olatunde Osunsanmi

  • Phénomènes paranormaux
  • (The Fourth Kind)

  • États-Unis2009
  • Réalisation : Olatunde Osunsanmi
  • Scénario : Olatunde Osunsanmi, Terry Lee Robbins
  • Image : Lorenzo Senatore
  • Montage : Paul J. Covington
  • Musique : Atli Örvarsson
  • Producteur(s) : Paul Brooks, Joe Carnahan, Terry Lee Robbins
  • Interprétation : Milla Jovovich (Abigail « Abbey » Tyler), Will Patton (shérif August), Hakeem Kae-Kazim (Awolowa Odusami), Corey Johnson (Tommy Fisher), Enzo Cilenti (Scott Stracinsky), Elias Koteas (Abel Campos), Eric Loren (shérif-adjoint Ryan), Mia McKenna-Bruce (Ashley Tyler), Raphael Coleman (Ronnie Tyler), Olatunde Osunsanmi (lui-même), Charlotte Milchard (la « vraie » Abigail Tyler)...
  • Distributeur : Metropolitan FilmExport
  • Date de sortie : 28 juillet 2010
  • Durée : 1h38

Phénomènes paranormaux

de Olatunde Osunsanmi

Le cinéma-vérité est ailleurs


Le cinéma-vérité est ailleurs

Malgré un titre original — The Fourth Kind (« le quatrième type ») — renvoyant adéquatement à un certain film de Spielberg, le film d’Olatunde Osunsanmi[1]L’individu était assistant réalisateur sur Mi$e à prix de Joe Carnahan, dont il a même coécrit il y a peu un spin-off direct-to-video. Le courant avait dû bien passer entre eux, puisque l’autoproclamé élève malin et sensible de Tony Scott, depuis responsable de L’Agence tous risques, coproduit pour Osunsanmi ce long métrage — son second, nous dit-on. porte bien son terne titre français. Car il a beaucoup d’un épisode d’Au-delà du réel dopé à l’effet Blair Witch / Paranormal Activity, parrainé qui plus est par l’égérie des films Resident Evil, la toujours fringante Milla Jovovich. Derrière une hilarante accroche « Basé sur des faits réels » et le buzz vicieux d’une tactique de marketing ayant poussé assez loin l’art du canular — au point de provoquer un micro-scandale aux États-Unis, on découvre une intrigue resucée par les séries télé et les reality-shows, où une psychologue étudiant des cas de troubles du sommeil soupçonne que ses patients ont en réalité été victimes d’enlèvements par des extraterrestres — victimes dont, sans surprise, elle sera bientôt du nombre. Un peu maigre ? Sans doute pour le réalisateur aussi, qui a décidé, pour varier les plaisirs, de nous présenter deux versions de l’affaire en parallèle. À ma gauche, une vraie-fausse interview sur plateau télé, menée par Osunsanmi himself interrogeant la psychologue jouée par une inconnue, et incluant des images d’archives truquées, floues et crachotant à souhait. À ma droite, ce qui est voulu comme une reconstitution fictionnelle des faits, hollywoodienne et assumée comme telle jusqu’à présenter ses stars sans générique, mais au moment où leurs personnages interviennent dans le récit, l’air de démonter la mécanique du spectacle (« Milla Jovovich is…», « Elias Koteas is…» etc.).

Jouant du montage parallèle et du split-screen, Osunsanmi confronte sans cesse ces deux films en un, ses deux simulacres de shows du réel, l’air de vouloir montrer à quel point il s’amuse à faire du vrai avec du faux. Et il faut reconnaître que ses procédés commencent par intriguer. Un modeste jeu de l’esprit se dessine, jeu sur le faux par le face-à-face entre deux ouvrages de faux : on se surprend à comparer les trucages de l’un et de l’autre, les ellipses laissées par les archives et comblées par la fiction, les mêmes scènes cadrées différemment et interprétées par des acteurs inconnus ici et d’autres familiers là… Évidemment, cela amuse un temps la galerie, mais l’exercice n’ira pas plus loin, faute d’idée pour le poursuivre. D’ailleurs, le réalisateur lui-même cesse d’y croire, passant sa motivation de bidouilleur de film sur la manipulation bien abstraite des split-screens qu’il passe à quatre écrans juste pour le plaisir, avant de les faire tourner les uns sur les autres… Ça aussi, ça s’use assez vite. Et privé de réels enjeux de cinéma, cet objet petitement tape-à-l’œil, malgré un scénario tirant grossièrement des ficelles de mystère et d’ambiguïté (et si la psychologue était mytho ?) et balançant des œillades à la mythologie païenne de Lovecraft (et si les extraterrestres étaient aux origines des civilisations humaines ?), retombe dans l’anonymat dont son buzz absurde ne saurait le tirer. L’inspiration, ça tombe parfois du ciel, mais il ne faut pas trop en espérer…

Notes

Notes
1 L’individu était assistant réalisateur sur Mi$e à prix de Joe Carnahan, dont il a même coécrit il y a peu un spin-off direct-to-video. Le courant avait dû bien passer entre eux, puisque l’autoproclamé élève malin et sensible de Tony Scott, depuis responsable de L’Agence tous risques, coproduit pour Osunsanmi ce long métrage — son second, nous dit-on.

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