© KMBO
Pour l’éternité

Pour l’éternité

de Roy Andersson

  • Pour l’éternité

  • Suède, Allemagne, Norvège2019
  • Réalisation : Roy Andersson
  • Scénario : Roy Andersson
  • Image : Gergely Pálos
  • Décors : Anders Hellström, Frida E. Elmström, Nicklas Nilsson
  • Costumes : Julia Tegström, Isabel Sjöstrand, Sandra Parment, Amanda Ribrant
  • Son : Robert Hefter Bvft
  • Production : Roy Andersson Filmproduktion AB
  • Interprétation : Martin Serner (le prêtre), Jessica Louthander (la narratrice), Tatiana Delaunay et Anders Hellström (le couple volant), Jan Eje Ferling (l'homme dans les escaliers), Bengt Bergius (le psychiatre), Thore Flygel (le dentiste)...
  • Distributeur : KMBO
  • Date de sortie : 4 août 2021
  • Durée : 1h16

Pour l’éternité

de Roy Andersson

Ressasser l'histoire


Ressasser l'histoire

Pour l’éternité dresse le portrait d’une humanité en crise dans un monde où tout semble aller de travers, jusqu’aux lignes obliques parcourant régulièrement le cadre. Les êtres apparaissent unis par une même expérience de la violence – de la crucifixion du Christ au meurtre commis par un anonyme – et de l’échec, dont témoigne aussi bien la défaite d’une armée que la panne de carburant d’un automobiliste. Le film mêle ainsi scènes de la vie quotidienne et segments historiques, à travers une succession de vignettes indépendantes en dépit de quelques résonnances (une plante que l’on arrose, un vol d’oiseau dans le ciel). Isolés par la structure narrative, les personnages sont également éloignés par leur disposition au sein de plans larges composés, qui les place aux extrémités opposées d’une pièce, ou les sépare par des éléments de décor (un bureau, un comptoir de bar ou de vente) et des accessoires (un fauteuil roulant). Prisonniers de leur solitude, ils demeurent sourds au désespoir de l’autre, à l’image du passager d’un bus qui intime à son voisin de taire sa tristesse ou du psychologue démissionnaire préférant attraper son bus plutôt que d’aider un patient en détresse. Les personnages se tournent alors vers le spectateur, leurs monologues face caméra résonnant comme d’ultimes appels à l’aide.

Ressentir de l’empathie pour ces figures de perdants n’est pourtant pas chose aisée, tant la rigidité des cadres, les couleurs blafardes, les décors sophistiqués à l’extrême ou encore le jeu atone des acteurs corsètent l’émotion. Si cette mise en scène froide et désincarnée est réchauffée par quelques touches plus légères, à l’image de la danse entamée par un groupe d’adolescentes ou du couple chagallien survolant une ville depuis le ciel, cela ne suffit pas à dissiper une forme de lassitude que la voix-off de la narratrice illustre particulièrement bien. Purement descriptive et utilisée de manière systématique – qui plus est sous une forme identique débutant à chaque fois par « j’ai vu » –, celle-ci finit à la longue par s’essouffler. Les fragments qui composent le film se révèlent par ailleurs assez inégaux : certains mériteraient d’être poursuivis (tel ce personnage de prêtre ayant perdu la foi) tandis que d’autres semblent dispensables, notamment celui de la femme au talon cassé ou du jeune homme « qui n’avait pas encore trouvé l’amour », que ce soit par leur extrême brièveté ou leur caractère redondant.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !