Le bruissement du vent fait progressivement apparaître une silhouette qui s’imprime sur un mur de roseaux. C’est par cette promesse de mystère que commence Reedland, introduisant Johan (Gerrit Knobbe) comme une présence spectrale, presque fantastique. Les minutes silencieuses qui suivent le montrent simplement au travail, laissant quasiment croire à une variante néerlandaise de La Libertad : comme le bûcheron filmé par Lisandro Alonso, Gerrit Knobbe est réellement coupeur de roseaux. Bien vite, cependant, la fiction surgit par l’entremise du cadavre d’une jeune femme retrouvé par Johan sur sa parcelle. Vaguement poisseuse et troublante, l’intrigue policière entreprend peu à peu de dépouiller le film de sa singularité. Johan enquête, les policiers paraissent stupides (c’est toujours pratique), des animaux meurent, la communauté se fissure : Sven Bresser distille certes un soupçon de cette crudité caractéristique de l’art hollandais (un accouplement de chevaux, des flatulences, une séquence de masturbation sur ce qui semble être une IA photoréaliste, etc.), mais il peine à transcender son programme de polar d’auteur pour festivals.
L’horizontalité du paysage néerlandais, redoublée par le format scope, constitue pourtant un territoire fertile pour le thriller. Dans ce décor aux maisons très éloignées les unes des autres, il n’y a nulle part où se cacher. Quand Bresser creuse ce principe, en insistant par exemple sur le caractère rectiligne des routes lors de longues séquences en voiture, il parvient à transcrire l’étouffement paradoxal du personnage. Mais le film, en tablant paresseusement sur une ambivalence à peu de frais, perd lui aussi son souffle. Et si Johan était le tueur ? L’hypothèse n’est jamais limpidement formulée, mais c’est sur cette interrogation que la dernière demi-heure se construit, sans trancher. Le beau plan de l’ouverture, qui montrait Johan allumant des feux de broussailles dans la plaine, est alors rejoué : ce n’est désormais plus le soleil qui disparaît derrière la fumée, mais l’homme. Ce qui ressemblait d’abord à une ambition métaphysique laisse place alors à la volonté, moins emballante, de dresser simplement le portrait d’un personnage – de surcroît pas très intéressant.