Sages-femmes veut relayer la colère des professionnel(le)s des maternités publiques, en lutte pour améliorer leurs conditions de travail. Le propos est concis : deux amies débutent dans le métier et sont confrontées à des situations qui soulignent, à grands traits, les failles d’un système au bord de l’implosion, faute de de moyens et d’effectif. La première (Héloïse Janjaud), de prime abord mal dégourdie, parvient à trouver sa place plus facilement que la seconde (Khadija Kouyaté), dont l’assurance trop affichée la pousse à la faute. Ainsi balisé, le récit déroule son programme attendu[1]Le film se heurte là à la comparaison avec la série Hippocrate de Thomas Lilti, qui par sa longueur déplie avec plus de nuances et de finesse un propos sensiblement identique sur l’hôpital public., sans risquer le moindre détour, pour finalement exulter dans quelques images de manifestations qui viennent joindre fiction et réalité. La cinéaste peine pourtant à orchestrer un échange fécond entre ces deux dimensions. En voulant trop souligner sa part documentaire, le scénario accouche d’une fiction timide et empruntée, et le phrasé médical ne sonne pas toujours naturellement dans la bouche de comédiens peu servis par une écriture confinant au didactisme.
Quant au style immersif affiché (caméra à l’épaule, plans-séquences, sobriété des effets), il livre quelques tableaux incontournables de films de brigade (les engueulades de la cheffe dure, le détachement coupable de la cadre et la soirée de Noël tous ensemble). Ce n’est pas le moindre défaut du film que de passer par un canevas de fiction aussi usé pour toucher du doigt un réalisme social. En témoigne les séquences d’accouchements qui, malgré leur crudité, ne parviennent jamais vraiment à susciter la sidération contenue dans des œuvres véritablement documentaires (mais à la mise en scène bien plus enlevée) comme chez Artavazd Pelechian ou plus récemment De Humani Corporis Fabrica de Paravel et Castaing-Taylor.
Notes
| ↑1 | Le film se heurte là à la comparaison avec la série Hippocrate de Thomas Lilti, qui par sa longueur déplie avec plus de nuances et de finesse un propos sensiblement identique sur l’hôpital public. |
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