Salvo
  • Salvo

  • Italie, France2013
  • Réalisation : Fabio Grassadonia, Antonio Piazza
  • Scénario : Fabio Grassadonia, Antonio Piazza
  • Image : Daniele Ciprì
  • Son : Guillaume Sciama
  • Montage : Desideria Rayner
  • Producteur(s) : Massimo Cristaldi, Fabrizio Mosca
  • Interprétation : Saleh Bakri (Salvo), Sara Serraiocco (Rita), Mario Pupella (Randisi), Giuditta Perriera (Mimma Puleo), Luigi Lo Cascio (Enzo Puleo)...
  • Distributeur : Bodega Films
  • Date de sortie : 16 octobre 2013
  • Durée : 1h48

La belle et la bête


La belle et la bête

Émanation d’un court métrage réalisé par le duo de réalisateurs Fabio Grassadonia et Antonio Piazza, qui mettait en scène Rita, une jeune aveugle, Salvo adjoint à ce personnage féminin fragile un tueur sanguinaire avare de ses mots. Grand Prix de la Semaine de la critique attribué par un jury présidé par Miguel Gomes, le film cherche à faire le grand écart entre le film de mafia et la contemplation des longs silences des espaces siciliens.

Tueur pour la mafia, Salvo élimine, fait disparaître, violente tous ceux qui croisent son passage. Cette grande brute silencieuse spécialisée dans le crime pourrait faire partie de la famille du Samouraï de Jean-Pierre Melville et de Ryan Gosling dans Drive, sans le scorpion sur le blouson. En lieu et place du « Nightcall » de Kavinsky, la musique cool et très tendance années 1980 qui servait de BO au film de Nicolas Winding Refn, une rengaine italienne larmoyante remplit ici le rôle de leitmotiv, qui parviendra même à émouvoir le tueur à gages. Peu de figurants, pas d’intrigues annexes, dans un paysage sicilien dépeuplé, seule semble exister la loi de la violence de la mafia qui ne fait face à aucun autre mode de vie. À part, à part… Rita, jeune aveugle à la beauté sauvage, que Salvo rencontre alors qu’il vient exécuter le frère de cette dernière. Après des scènes d’exposition pleines d’action calquées sur les canons du genre du film de mafia, Salvo prend un tout autre tour, et verse dans la contemplation. Les plans deviennent interminablement longs, suivent le tueur, la caméra collant à sa nuque ou décrivent le parcourt de la jeune femme, ou le regard que l’homme porte sur elle qui ne peut pas le voir.

Avec ses cadres très composés dans des décors particulièrement épurés, Salvo bascule dans un parcours sensoriel qui s’efforce de traduire la perception sonore de la jeune femme privée de la vue, ainsi que d’appréhender l’espace qui sépare ces deux personnages que tout oppose. Le récit se centre alors sur la relation trouble qu’entretiennent l’homme et la femme, puisqu’en épargnant la jeune fille, Salvo se met également à la séquestrer, tout en s’attirant les foudres de sa hiérarchie criminelle. Si l’on comprend bien l’attrait des deux réalisateurs pour l’acteur Saleh Bakri, qui dégage effectivement quelque chose d’assez brutal, son mutisme ne parvient pas véritablement à se transformer en mystère, conformément à ce qui semble être le projet du film, mais confine bien plus souvent au vide et à l’ennui. En outre, le principe d’opposition entre les personnages se traduit par une outrance dans le jeu des acteurs qui frise souvent la caricature. La brutalité du revirement qui conduit Salvo de la violence froide au sentimentalisme presque mystique est elle aussi très excessive. L’attraction des contraires, la nature trouble des relations humaines, font que l’innocente et la brute, le bourreau et la victime, se trouvent rassemblés. Le film tient sur l’idée du miracle, celui de la rencontre, et celui corollaire à la rencontre, qui fait doucement verser le film sur une pente fantastique. Mais même en Italie, n’est pas Rossellini qui veut…

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