Quand fleurissent sur les affiches de films l’argument publicitaire de filiation type « par le producteur de », on est toujours en droit d’être inquiet. Cette semaine, rien moins que James Cameron pour crédibiliser le premier film international d’un réalisateur australien inconnu : Sanctum. Si l’adjonction du label 3D peut apeurer encore un peu plus les spectateurs blasés de cette technologie un poil survendue (à prix d’or), Sanctum se révèle finalement moins indigent que sa campagne marketing ne le laissait présager.
En plein Pacifique Sud, réside le plus grand réseau de grottes jamais explorées. Frank McGuire, aventurier et plongeur ultra qualifié est en charge d’une coûteuse mission d’exploration, financé par Carl Hurley, un ami mécène milliardaire adepte des sports extrêmes. Alors qu’un tragique accident endeuille l’équipe de plongeurs, Carl et sa petite amie accompagnés du fils de Frank arrivent sur les lieux. Malgré une tension palpable, Frank décide de poursuivre l’investigation des grottes. Un ouragan en surface va malheureusement compromettre la bonne marche des opérations. Les accès inondés vont obliger la petite troupe à trouver une sortie dans le labyrinthe rocheux totalement inconnu.
Bien que le pitch soit convenu (un petit nombre de personnages doit tout mettre en œuvre pour survivre) Sanctum se laisse toutefois regarder avec plaisir. L’alternance des séquences sous-marines où l’oxygène se raréfie de scène en scène et les passages spéléologiques qui mettent à rude épreuve les nerfs du spectateur claustrophobe, permettent au film de créer une ambiance anxiogène, une tension toujours renouvelée où les dangers sont partout mais sous des formes qui évoluent au fil de la narration. Rappelant The Descent et l’asphyxie que le film produisait sur son public, Sanctum joue aussi bien sur l’étroitesse des tunnels que l’immensité des cavités, sous ou sur l’eau et de la peur primitive du noir qui métaphorise la fin prochaine des protagonistes. S’offrant le luxe d’extirper du récit ses personnages un à un sans préambule ni pathos exagéré (on ne pleure pas ses morts dans Sanctum, on n’a pas le temps pour ça), le réalisateur évite le larmoiement constitutif à la mort des héros pour se concentrer sur l’instinct de survie et parfois la folie qui étreignent tout être face à sa propre disparition. Les règles de conduite du monde civilisé ne s’appliquent plus dans cet univers brutal et la morale n’y a plus véritablement cours. Ces prises de position assez surprenantes permettent à Sanctum de sortir du cadre « blockbuster » où on ne laisse pas crever un ami pour s’aventurer sur le terrain de films plus viscéraux (on pense au prologue de 28 semaines plus tard). Cette liberté de ton revigorante (car plus réaliste et jusqu’au-boutiste) trouve toutefois une limite dans la relation père/fils, qui elle subit de plein fouet la bonne conscience moralisatrice. Les personnages en conflit ouvert au début du métrage finissent par se comprendre et se pardonner. Toutefois la séquence ultime de ce déballage lacrymal se conclut par un acte définitif et violent qui nuance les rapports mélodramatiques du duo familial d’une tonalité bien sombre.
Sans grand intérêt, la 3D ne dessert toutefois pas la qualité du film (surtout la lumière, reproche le plus souvent avancé contre cette technologie). Peut-être le prêt des caméras utilisées par James Cameron sur le tournage d’Avatar a‑t-il permis à Alister Grierson d’éviter les écueils d’une 3D post-produite. Tourné avec cette technologie, Sanctum n’utilise malheureusement que très peu les possibilités de mise en scène induites par elle. Seul le passage où l’on plonge pour la première fois dans les eaux souterraines tire son épingle du jeu, la salle de cinéma étant soudain horizontalement barrée d’une frontière entre monde aérien et aquatique. Un peu gadget en définitive, l’usage tridimensionnel ne trouve décidément pas sa place (et sa plus-value) sur nos écrans pour l’instant.
Film de phobies par excellence (claustrophobes et aquaphobes, abstenez-vous), Sanctum triture nos peurs instinctives et plonge dans les profondeurs de la terre (et de l’âme) pour en sonder les recoins les plus obscurs. Divertissant sans être pompeux, efficace sans tomber dans la morale, il se classe dans les bons films d’aventures et d’atmosphère, là où les réussites du genre ne sont guère légion.