Sunshine Cleaning

Sunshine Cleaning

de Christine Jeffs

  • Sunshine Cleaning

  • États-Unis2009
  • Réalisation : Christine Jeffs
  • Scénario : Megan Holley
  • Image : John Toon
  • Décors : Joseph T. Garrity
  • Costumes : Alix Friedberg
  • Son : Martin Lopez
  • Montage : Heather Persons
  • Musique : Michael Penn
  • Producteur(s) : Glenn Williamson, Marc Turtletaub, Peter Saraf, Jeb Brody
  • Production : Back Lot Pictures, Big Beach Films, Clean Sweep Productions
  • Interprétation : Amy Adams (Rose Lorkowski), Emily Blunt (Norah Lorkowski), Alan Arkin (Joe), Jason Spevack (Oscar Lorkowski), Steve Zahn (Mac), Mary Lynn Rajskub (Lynn), Eric Christian Olsen (Randy)…
  • Distributeur : Surreal Distribution
  • Date de sortie : 10 juin 2009
  • Durée : 1h20

Sunshine Cleaning

de Christine Jeffs

Une affaire de famille


Une affaire de famille

Les producteurs de Little Miss Sunshine (Jonathan Dayton, Valerie Faris, 2006) nous proposent cette semaine un nouveau « rayon de soleil » avec Sunshine Cleaning. Comédie douce-amère axée sur une famille dysfonctionnelle en pleine galère, le film est clairement estampillé « festival Sundance » (compétition 2008). Si Sunshine Cleaning met en lumière une profession méconnue, ce subterfuge scénaristique n’apporte pas de réelle originalité au propos général d’un film dont l’intérêt réside surtout dans la performance de ses acteurs.

Amy Adams a quitté son costume de princesse d’Il était une fois (Kevin Lima, 2007) pour l’uniforme de femme de ménage de Rose Lorkowski, dont la vie professionnelle et affective est un véritable marasme. Mère célibataire aux maigres revenus, Rose entretient une relation illégitime avec son ancien boyfriend du lycée, un flic marié à une de leurs camarades. De son côté, Emily Blunt a troqué les robes haute couture du Diable s’habille en Prada (David Frankel, 2006) contre la tenue décontractée et légèrement grunge de Norah Lorkowski. La sœur cadette de Rose, fraîchement virée de son boulot de serveuse, vit avec son hurluberlu de père, interprété par Alan Arkin, dans un rôle proche de celui qu’il tenait dans Little Miss Sunshine. Quand le fils de Rose multiplie les comportements étranges en classe, inspiré par les drôles d’histoires de Norah, sa mère se voit dans l’obligation de l’inscrire dans une école privée. Mais comment assumer cette charge financière conséquente ? Sur la suggestion bienveillante de son amant, Rose va se lancer dans une activité lucrative : le nettoyage de scènes de crimes. Avec l’aide d’une sœur à l’estomac mal accroché, la femme de ménage au visage poupin va devoir s’adapter aux us et coutumes d’un secteur concurrentiel, sans s’impliquer émotionnellement dans ce travail déroutant.

D’un point de vue narratif, le film prolonge une formule déjà bien rodée. L’investissement des protagonistes dans un projet inhabituel dont la réussite paraît incertaine (le nettoyage de scènes de crimes ici, la présentation d’une enfant boulotte à un concours de beauté dans Little Miss Sunshine) va conduire à resserrer les liens familiaux, après avoir plongé les personnages dans des situations cocasses, où le rire cathartique vient enrober des événements d’une profonde tristesse. Ainsi dans Little Miss Sunshine, le drame du décès du grand-père était rapidement éclipsé par la nécessité de cacher son corps jusqu’à l’issue du concours, d’où une succession d’actions burlesques. Sunshine Cleaning fonctionne de la même façon : le travail atypique des deux sœurs peut évidemment donner lieu à des gags sans fin, permettant de désamorcer l’aspect glauque et effrayant de leur activité. Le scénario a le bon goût de ne pas multiplier ce genre d’effets, s’efforçant de ne pas réduire ses personnages à des types, afin de permettre l’expression de leur sensibilité psychologique, véritable enjeu (facile?) du récit.

Le nettoyage post-mortem, pratiqué sur des scènes de crimes représentées avec réalisme sans sombrer dans le gore, n’est pas envisagé comme le noyau central d’un scénario qui chercherait à donner le frisson. On est loin de l’intrigue du passable Cleaner (Renny Harlin, 2008), où Samuel L. Jackson se trouvait mêlé à une sombre affaire de meurtre, nettoyant sans le vouloir une scène de crime avant que la police n’ait constaté le drame et que l’épouse du défunt n’ait été informée du décès de son mari. Dans Sunshine Cleaning, le nettoyage post-mortem agit comme le révélateur des tensions internes et des souffrances contenues. Effacer les traces concrètes des drames pour permettre aux familles de commencer un long travail de deuil ramène inéluctablement les deux sœurs à leur propre histoire, marquée par la mort violente et soudaine de leur mère lorsqu’elles étaient enfants. Nettoyer jour après jour la crasse sanguinolente des autres n’efface en rien les taches qui embrouillent leurs esprits et troublent l’équilibre de la structure familiale. On voit là combien un cinéma indépendant populaire puise sa pseudo-originalité dans le seul véritable vivier d’audace et de nouveauté qui existe dans le champ audio-visuel américain : les séries des chaînes câblées, heureux laboratoires d’expérimentation pour scénaristes et réalisateurs. Les grands succès publics et critiques de HBO et de sa « petite sœur » Showtime rivalisent d’ingéniosité narrative et esthétique pour explorer le rapport contradictoire à la mort de personnages qui la côtoient quotidiennement. La famille de croque-morts de Six Feet Under est complètement chavirée par la disparition de son patriarche ; le chef mafieux des Sopranos ne supporte qu’en apparence la violence du milieu et consulte un psy ; l’expert en taches de sang et serial killer de Dexter voit son code de conduite bouleversé suite à la résurgence d’un souvenir traumatique de sa petite enfance. Des professionnels de la mort incapables de l’affronter lorsqu’elle les touche personnellement, voilà de façon très synthétique le point de départ des TV shows les plus inventifs de cette décennie, dont la diffusion télévisée ne restreint pas l’ambition artistique. Pas étonnant que le ciné indé envie leur audace et leur liberté !

Avec Sunshine Cleaning, le plaisir du spectateur naît essentiellement de la performance sensible de ses interprètes. Il est de bon ton pour des acteurs montants de casser une image policée ou figée en allant flirter avec le cinéma indépendant (son versant le plus académique tout de même), celui-ci proposant des rôles jugés plus audacieux. Ca fait « bien » dans une filmographie. Ici, il est clair que la présence d’actrices révélées au grand public par des films légers où elles interprétaient des personnages hautement superficiels n’est pas un hasard. Amy Adams et Emily Blunt (une actrice à suivre!) cherchent clairement à éviter d’être cataloguées dans le rayon des jolies écervelées et à rappeler qu’elles sont capables de bien autre chose. L’opération est assez réussie : la sororité des deux femmes apparaît comme réelle tant leur jeu et leur apparence physique se marient bien. C’est ça, la clef d’une comédie dramatique Sundance : une distribution minutieuse dont le choix semble finalement si évident que tout autre paraîtrait impossible, des acteurs investis au maximum dans des rôles dont ils savourent l’intérêt à chaque plan.

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