Le concept même du genre de film très codifié du heist movie tient en une phrase : comment vont-ils s’y prendre pour commettre un vol ahurissant ? Le heist movie, c’est comme une tarte au chocolat : on sait que c’est pas très bon pour nous, mais on ne peut pas s’empêcher d’aimer la friandise. Seulement parfois, même les recettes les plus simples peuvent foirer, surtout quand on se pique de changer les proportions. Takers tente, avec un casting honnête, de jouer sur les codes du genre. Pas de bol : à une notable exception près, ça ne prend pas.
Alors, c’est simple. D’un côté, les méchants braqueurs de haut vol. De l’autre, les policiers. Les premiers sont très doués, les seconds acharnés. Et le but étant de réussir, malgré l’acharnement des policiers et tous les problèmes rencontrés, à réussir le coup du siècle. Voilà pour l’argument, toujours répété, du heist movie et Takers n’échappe pas à la règle. Une troupe de truands brillants réussissent coup après coup et décident de se retirer de la vie de malfaiteur après, évidemment, un dernier coup, qui devrait se révéler, évidemment, très lucratif. Jusque-là, on nage dans le convenu. Mais Takers se pique de nous changer un peu la donne.
C’est ainsi que le film s’intéresse autant aux familles des truands qu’à eux-mêmes, qu’il réserve une place démesurée aux flics pour ce genre de production, donnant ainsi l’occasion à Matt Dillon de cabotiner dans un rôle très « inspecteur Harry », et finissant par accorder autant d’importance à chacun des deux « partis ». L’idée eût été intéressante, si le scénario, hélas effroyablement convenu, et le style visuel, très attendu lui aussi, avaient suivi. Mais hélas… Manifestement alléché par les parodies des années 1970 de Steven Soderbergh (Ocean’s 11 – 12-13), le réalisateur pioche également dans le style visuel du Michael Mann de Heat et de Miami Vice, sans pour autant développer le moindre langage cinématographique, comme s’il se contentait d’accompagner son récit d’un album sur papier glacé.
Il s’agit pour Takers de vouloir en passer par les voies obligées de son genre tutélaire, tout en apportant des changements diamétralement opposés, le tout avec une volonté manifeste de coller à l’esthétique du genre sans lui donner vie. Autant dire : l’équipe a eu les yeux plus gros que le ventre, et Takers n’est pas beaucoup plus qu’un honnête polar de seconde zone, où se perdent les ex-prometteurs Hayden Christensen (l’Anakin Skywalker des derniers Star Wars) et Matt Dillon (qui a raté son retour à la Mickey Rourke). Reste l’étonnement des séquences finales, qui doivent plus à la crudité du King of New York de Ferrara qu’à tout autre film — une audace, une intégrité narrative qui surprend dans un film en dehors de cela bien plat.