The Cloverfield Paradox
The Cloverfield Paradox
    • The Cloverfield Paradox
    • USA
    •  - 
    • 2017
  • Réalisation : Julius Onah
  • Scénario : Oren Uziel, Doug Jung
  • Image : Dan Mindel
  • Décors : Doug J. Meerdink
  • Montage : Alan Baumgarten
  • Musique : Bear McCreary
  • Producteur(s) : Lindsey Weber, J.J. Abrams
  • Production : Paramount Pictures, Bad Robot
  • Interprétation : Gugu Mbatha-Raw (Hamilton), David Oyelowo (Kiel), Daniel Brühl (Schmidt), John Ortiz (Monk), Chris O'Dowd (Mundy), Aksel Hennie (Volkov), Zhang Ziyi (Tam), Elizabeth Debicki (Jensen)
  • Distributeur : Netflix
  • Date de sortie VOD : 5 février 2018
  • Durée : 1h42

The Cloverfield Paradox

réalisé par Julius Onah

Le premier Cloverfield constituait un retour aux codes les plus fondamentaux du survival, servi par une utilisation habile du found footage comme il y en eut finalement bien peu. Sa suite tardive, 10 Cloverfield Lane, s’avérait tout aussi maline, consolidant l’idée d’un rapport en « vue subjective » aux événements apocalyptiques du premier, alors même qu’était abandonnée l’astuce de la caméra portée par un personnage. La saga jouit ainsi aujourd’hui d’une base solide et cohérente, qui aurait pu se décliner au fil de nombreux opus. C’est pourquoi il est si étonnant que l’ampleur du fiasco de The Cloverfield Paradox soit à ce point remarquable, ses raisons étant à chercher ailleurs que dans la simple usure d’une formule.

Cloverfield Origins

La question de la source de la menace ne constituait un enjeu dans aucun des deux premiers films. Et pour cause, le fait de ne pas savoir ce qui pouvait surgir du hors-champ participait de la mécanique de l’ensemble. La catastrophe ne s’appréhendait que par les terribles conséquences (matérielles autant qu’humaines) auxquelles se confrontaient des personnages pour lesquels seuls comptaient les objectifs de fuite et de survie. Paradox, que l’on pourrait aussi renommer Origins, se lance pourtant dans le curieux projet d’expliquer l’arrivée des monstres sur Terre. Autant le dire, et ce n’est pas une surprise, il n’y a absolument rien d’intéressant à chercher de ce côté-là. De toutes façons, ce lien ne s’avère être qu’un prétexte pour engager le film dans une autre direction, le survival en « huis clos spatial ». S’entame alors une succession d’événements suivant une logique dont on ne comprend jamais très bien les règles. Après la fusion involontaire de deux dimensions au moyen d’un accélérateur de particules destiné à fournir une source d’énergie illimitée à la Terre, les personnages se retrouvent confrontés à la téléportation de leur station, en même temps que toutes sortes de manifestations bizarres telles que le détachement du bras d’un membre de l’équipage. Certes, il pourrait y avoir quelque chose d’amusant à ce chaos, avec cette idée de survivre à des menaces aux logiques insaisissables. Mais aucun sentiment d’étrangeté ni d’urgence ne se développe au sein de cette compilation de références dont la seule fonction semble être de fournir des modalités d’exécution de chacun des personnages. Bavard en diable, le film avance ainsi de balises en balises, singeant parfois Alien, recyclant Life, Sunshine et Prometheus, pour un résultat qui ne parvient même pas à égaler Event Horizon.

Welcome to the machine

Si les événements apocalyptiques des autres films n’étaient pas expliqués, les péripéties des personnages, elles, restaient au contraire parfaitement limpides. La mise en scène était toute entière tendue vers l’immédiateté, et impliquait de ne pas se poser d’autres questions que celles qui concernaient l’évasion. L’action primait sur tout, pas seulement en tant qu’escalade spectaculaire, mais surtout en tant que mouvement ininterrompu, traité avec un indéboulonnable premier degré. Or si rien ne fonctionne dans Paradox, c’est parce que tout semble regardé avec indifférence. Les ruptures de ton, si maladroites qu’elles en paraîtraient même involontaires, détruisent systématiquement la possibilité d’une implication émotionnelle. L’exemple le plus édifiant se retrouve dans la scène citée plus haut du personnage manchot, qui finit par retrouver au détour d’un couloir son bras devenu autonome. Face à ce membre se promenant tout seul, son propriétaire se livre alors à une série de plaisanteries dignes d’une parodie. Il n’y a bien entendu rien d’une démarche satirique, nous sommes à des années-lumière d’une science-fiction à la Verhoeven. Et si le cliffhanger final arrache un sourire, ce n’est pas par l’amusement qu’il procure, ni par la surprise qu’il provoque : c’est uniquement par le pathétique raccrochage de wagons scénaristiques qui le justifie.

Il n’a pas fallu deux jours à J.J. Abrams pour prendre la parole sur l’accident, sans vraiment le reconnaître, afin de préciser que le projet n’était pas prévu pour être un Cloverfield. Soit, peut-être est-ce le résultat d’une intégration ratée, aboutissant à un assemblage bâclé de ce qui serait (théoriquement) constitutif à la saga, avec ce qui aurait (théoriquement) fonctionné ces dernières années dans le genre désormais surexploité du survival spatial. Mais au-delà de ce diagnostic, le principal mal dont souffre le film tient en ce qu’il semble être le produit du travail d’un algorithme qui n’aurait pas inclus dans ses paramètres la question de la cohérence émotionnelle. Le résultat est un flux d’images parfaitement incompréhensible, et ce n’est pas qu’une affaire de scénario.