The Foreigner
© Metropolitan FilmExport
The Foreigner
    • The Foreigner
    • Royaume-Uni, Chine
    •  - 
    • 2017
  • Réalisation : Martin Campbell
  • Scénario : David Marconi
  • d'après : le roman The Chinaman
  • de : Stephen Leather
  • Image : David Tattersall
  • Décors : Alexander Cameron
  • Costumes : Alexandra Bovaird
  • Montage : Angela M. Catanzaro
  • Musique : Cliff Martinez
  • Producteur(s) : Jackie Chan, Wayne Marc Godfrey, Arthur Sarkissian, Qi Jianhong, Claire Kupchak, John Zeng, Scott Lumpkin, Jamie Marshall, Cathy Schulman
  • Interprétation : Jackie Chan (Ngoc Minh Quan), Pierce Brosnan (Liam Hennessy), Michael McElhatton (Jim Kavanagh), Liu Tao (Keyi Lan), Charlie Murphy (Maggie), Orla Brady (Mary Hennessy), Katie Leung (Fan), Ray Fearon (Commander Bromley), Rory Fleck-Byrne (Sean Morrison), Lia Williams (Katherine Davies)...
  • Distributeur : Metropolitan FilmExport
  • Date de sortie : 8 novembre 2017
  • Durée : 1h54

The Foreigner

réalisé par Martin Campbell

Les grandes lignes de The Foreigner ressemblent à une redite de celles d’un autre film de Martin Campbell, Hors de contrôle. Jackie Chan, comme Mel Gibson, joue un homme usé par les ans mais encore prêt à faire le coup de poing (ici un restaurateur asiatique de Londres au passé violent), dont la fille est assassinée et qui, trouvant l’enquête officielle trop lente, part faire le travail lui-même et à sa façon. Lui aussi se frotte à une puissance aux ramifications politiques. Et dans les deux films, tout finit par un grand ménage fait non seulement par le héros, mais aussi par la société jusque dans ses propres rangs, via des méthodes inavouables mais rendues tolérables pour le spectateur. Dans Hors de contrôle, la façade politique ne tenait qu’en une très vague sous-intrigue impliquant un homme de l’ombre qui se transformait à la fin en second justicier. Le scénario de The Foreigner, lui, gonfle cette dimension parallèlement à celle promise au départ (le revenge movie mâtiné d’arts martiaux), au risque que le film apparaisse comme la somme de deux autres qui ne se complètent que laborieusement.

Deux méthodes

La dualité est inévitable à partir du moment où le film de vengeance amorcé et annoncé à un contre tous (père endeuillé contre terroristes) dévie vers un combat singulier à plusieurs aspects : ne s’affrontent pas seulement deux protagonistes mais aussi deux genres de films, et deux méthodes d’acteurs. D’un côté, Jackie Chan avance droit sur la ligne vengeresse de son personnage. Connu essentiellement pour son registre comique avec lequel il a déridé le sérieux du cinéma d’arts martiaux hongkongais, il a déjà sporadiquement tâté des rôles plus sérieux dans sa carrière. Mais on l’a vu rarement aussi avare de mots et restreint en expressivité que dans ce film, voué presque exclusivement à être un corps au combat, concentré sur la préparation de ses attaques ou mis en branle dans des chorégraphies martiales efficaces quoique privées de la fantaisie habituelle à l’artiste. Face à lui, l’autre tête d’affiche, Pierce Brosnan, tâche d’exprimer l’ambiguïté d’un rôle de composition plus empêtré : celui d’un membre du gouvernement irlandais ayant autrefois trempé dans le terrorisme au nord et vivant aujourd’hui du compromis, alors que le vengeur le soupçonne de détenir des informations sur ceux qui ont tué sa fille. Ces deux stars n’ont jamais été remarquées pour la constance de leurs talents de comédiens, mais Chan a pour lui une présence burlesque qui sied à l’anomalie à la fois glaçante et tragique que constitue son personnage au sein du monde, y compris quand il arbore une seule expression faciale ou raidit grossièrement son corps pour mimer le vieillissement physique. Brosnan, quant à lui, ne peut invoquer que la rigueur professionnelle de sa méthode d’acting pour endosser une posture et une transformation physique basée sur le dirigeant du Sinn Féin Gerry Adams, mais ne s’en tire pas trop mal à l’arrivée dans ce qui doit être un de ses rôles les plus solides, malgré les ressorts scénaristiques qui tirent sournoisement vers le bas les enjeux de son personnage.

Une affaire d’hommes

Car ces deux genres peu miscibles, le Jackie Chan-movie à tendance noire et le thriller politisant, se trouvent contre toute attente un terrain commun – qui laisse songeur. Il apparaît que chacun des antagonistes véhicule une certaine conception de la masculinité, entre mythification d’un côté et dramatisation douteuse de l’autre. Chan, c’est l’homme seul qui n’a plus rien à perdre, ayant dans sa vie tumultueuse vu mourir femme et enfants (toutes des filles), et qui une fois le travail terminé s’autorise le réconfort dans des bras féminins qui n’attendaient que lui. Brosnan, c’est le mâle dominant présumé mais pris en défaut : sa maîtresse et son épouse (qui elle-même le cocufie avec son propre neveu) interfèrent avec ses intrigues politiques, déficit de contrôle masculin qui est explicitement mis en relation avec sa conversion à la realpolitik (apprécions le parallèle). Dès lors, derrière les actes des deux hommes, il s’agira pour l’un de garder inébranlable sa posture de justicier aux méthodes musclées avant de s’autoriser le repos du guerrier, de l’autre de rasseoir son autorité (notion où se confondent le politique et le reste). On a connu enjeux plus folichons.