The Greatest Showman est loin de partager la douce nostalgie de La La Land pour la comédie musicale de l’âge d’or hollywoodien. Dans la lignée de Baz Luhrmann, le musical d’aujourd’hui est enfant de MTV. Il doit se revendiquer comme pur divertissement avec une débauche de musique, de chorégraphies, de montage elliptique ou d’effets numériques qui prennent en otage le spectateur et ne lui laissent aucune prise pour la réflexion. Quitte à n’être qu’une pale caricature aussi bien dans son esthétique que dans les valeurs ultra-positives véhiculées.
Ici, la vie de P.T. Barnum — qui a fait son beurre sur le dos des « freaks » en créant un véritable cirque humain — est prétexte à une success story simpliste entrecoupée d’histoires d’amour anecdotiques et naïves. Au bout de deux heures, on ne saura finalement pas grand chose des motivations et des zones d’ombre de ce producteur parti de rien. Pas plus que l’on n’arrivera à s’attacher à la galerie de personnages, pourtant prometteuse, qui l’entoure : femmes à barbe, acrobates métissés, géants et hommes nains. Enjolivant la réalité (le côté visionnaire de Barnum était en réalité bien plus proche du cynisme que de la philanthropie), le film se contente d’esquisser superficiellement ses personnages et de nous marteler son message plein de bons sentiments : le droit à la différence et à la réussite sur fond de lutte des classes. Présent dans quasiment tous les plans, Hugh Jackman (que l’on avait déjà pu voir chanter dans Les Misérables) est comme un poisson dans l’eau et insuffle, avec son sourire permanent, une énergie salutaire. Michelle Williams, tout comme les Disney stars Zac Efron et Zendaya, tentent coûte que coûte de sauver les meubles et de faire exister leurs personnages quasiment inexistants.
La seule bonne idée de The Greatest Showman est d’avoir fait appel à Benj Pasek et Justin Paul, duo de songwriters du moment, à l’origine des paroles de La La Land mais surtout du musical Dear Evan Hansen qui se joue à guichets fermés depuis un an sur Broadway. Le film leur doit beaucoup, à commencer par son succès au box-office américain. Après une première semaine décevante, les entrées se sont envolées suite à l’engouement pour la bande originale. Grâce à leurs chansons — un mélange de pop et de R’n’b qui assume l’anachronisme avec la temporalité de l’histoire — The Greatest Showman peut s’enorgueillir d’avoir de vrais morceaux de bravoure, à l’image de l’ouverture spectaculaire particulièrement bien orchestrée par le réalisateur Michael Gracey, ou encore du très efficace « This is me », hymne à la tolérance qui a tout pour devenir un classique. Ces moments sont d’autant plus frustrants que l’on se met à imaginer ce que le film aurait pu être avec de bons scénaristes aux manettes. Car il faut vite se rendre à l’évidence : ce cirque musical n’a pas grand-chose à nous offrir à part du divertissement factice aussi inconséquent qu’un épisode de Glee.