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The Sadness

The Sadness

de Robert Jabbaz

  • The Sadness
  • (哭悲 | Kū bēi)

  • Taïwan2021
  • Réalisation : Robert Jabbaz
  • Scénario : Robert Jabbaz
  • Producteur(s) : Jeffrey Huang, David Barker
  • Production : Machi Xcelsior Studios
  • Interprétation : Regina Lei (Kat), Berant Zhu (Jim)...
  • Distributeur : ESC Films
  • Date de sortie : 6 juillet 2022
  • Durée : 1h39

The Sadness

de Robert Jabbaz

The Sade-ness


The Sade-ness

The Sadness promet autant qu’il déçoit : alors que Taïwan est frappé par un virus fortement inspiré du COVID dont les mutations potentielles inquiètent la communauté scientifique, des actes d’un sadisme inhumain éclatent aux quatre coins du pays. Robert Jabbaz réinvente le cadre rebattu du film de zombies par sa gourmandise gore ; non seulement ses infectés gardent la parole et leur liberté de mouvement, mais ils s’adonnent surtout à des exactions dépassant l’imagination. Meurtre, torture, viol, nécrophilie, cannibalisme… tout y passe, avec un désir manifeste de faire de cette brutalité un spectacle aussi dépravé que joyeux. En cela, le film, loin de rompre avec les canons du genre, s’inscrit au contraire dans la droite lignée des derniers Romero (Chronique… et Vestige des morts-vivants), qui envisageaient les zombies comme la matrice de petites scènes burlesques inspirées.

Il y a néanmoins un hic, majeur : le film est à peu près aussi inventif sur le terrain de l’hémoglobine qu’emprunté et hésitant sur le reste, qui constitue hélas la plus grosse pièce. Prologue atone, intrigue qui patine rapidement, séquences lourdement négociées, enfermement dans des lieux clos où la tension retombe : il manque à Jabbaz un sens du tempo et de la mise en scène pour que la machine s’emballe. L’allocution officielle des autorités, pensée comme un morceau de bravoure, en est un exemple éloquent. Inutilement étirée et filmée sous toutes les coutures (depuis le point de vue des téléspectateurs, mais aussi des intervenants et même du caméraman), elle aurait gagné à ne pas franchir la frontière de l’écran cathodique pour rendre l’explosion de violence d’autant plus percutante. Dommage, car The Sadness n’est pas sans idées, comme en témoigne la présence de ce petit quadra dégarni qui devient, à la suite d’un massacre sanguinolent dans le métro, un terrifiant démon lubrique lancé à la poursuite de l’héroïne. Mais le nihilisme et la perversité du film ne suffisent pas à masquer ses limites.

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