D’Évanouis à Together, cet été 2025 aura été riche en hommages inattendus au cinéma de John Carpenter. Si le premier évoque plutôt le versant politique de son œuvre (sa satire vise l’Amérique des idiots dont Trump et Musk sont devenus les mascottes), le second cite ouvertement The Thing, mais en restreignant la question des mutations à celle du couple. C’est ce qui fait sa force : la lente éclosion que raconte le film se vivra seulement à deux et ne concernera que Millie (Alison Brie) et Tim (Dave Franco), couple en bout de course qui essaie de raviver la flamme des débuts en s’exilant à la campagne.
Après une nuit passée dans une grotte, Millie et Tim se réveillent littéralement soudés : une substance visqueuse s’est insinuée entre leurs cuisses. D’autres éléments fantastiques vont ensuite accentuer cette sensation : un baiser qui colle un peu trop, un rapport sexuel qui vire au cauchemar (Tim ne parvient littéralement plus à se retirer). Jusqu’au moment où leurs corps commencent à fusionner, selon un processus de métamorphose irréversible. Comme toujours dans le cinéma d’horreur dédié à la transformation des corps – qu’on appelle aujourd’hui body horror en citant David Cronenberg à tout va –, on cherche la métaphore. La finesse du film consiste à ne pas l’avoir voulue trop épaisse ou explicative, mais à la limiter au contraire à un phénomène purement intime. Au fond, il ne sera question dans Together que du couple comme image d’une entité mutante : un « nous » aussi désirable que monstrueux.
Il faut souligner les très belles incarnations plastiques qui portent cette idée. Au-delà des scènes déjà citées, c’est surtout quand il s’attaque au processus de transformation proprement dit que le film fait mouche. La beauté de ses trouvailles visuelles – celle par exemple de l’aimantation des corps – produit un suspense permanent : chaque rapprochement, chaque étreinte devient potentiellement un piège. Dans son mouvement final, Shanks rencontre bel et bien Cronenberg, mais sur le versant lyrique et tragique de Faux-semblants. Le grotesque, cédant la place au sublime, révèle alors la part de deuil et de perte qui hantait le couple depuis le début, ce qui fait de Together un grand film d’amour. On pourrait le résumer par la fameuse formule de La Femme d’à côté – « ni avec toi, ni sans toi » – en ajoutant : « en toi. »