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Un jour si blanc

Un jour si blanc

de Hlynur Pálmason

  • Un jour si blanc
  • (Hvítur, hvítur dagur)

  • Islande2019
  • Réalisation : Hlynur Pálmason
  • Scénario : Hlynur Pálmason
  • Image : Maria von Hausswolff
  • Décors : Frosti Fridriksson
  • Costumes : Nina Grønlund
  • Montage : Julius Krebs Damsbo
  • Musique : Edmund Finnis
  • Producteur(s) : Anton Máni Svansson
  • Production : Danish Film Institute, Danmarks Radio, Film i Väst, Glassriver, Iceland's Ministry of Industry and Commerce, Icelandic Film Center, Join Motion Pictures, Kukl, MEDIA Programme of the European Union, Nordisk Film- & TV-Fond, Ríkisútvarpið-Sjónvarp, Sena Snowglobe Films, Swedish Film Institute
  • Interprétation : Ingvar Sigurdsson (Ingimundur), Ída Mekkín Hlynsdóttir (Salka), Hilmir Snær Guðnason (Olgeir)...
  • Distributeur : Urban Distribution
  • Date de sortie : 29 janvier 2020
  • Durée : 1h49

Un jour si blanc

de Hlynur Pálmason

De petite taches


De petite taches

Dans un village d’Islande un peu perdu, Igimundur, un commissaire de police taciturne (Ingvar E. Sigurðsson) découvre que sa femme tout juste décédée menait une double vie. Il part alors dans une quête suicidaire à la recherche de son amant, persuadé jusqu’à l’obsession que ce dernier est secrètement impliqué dans la mort de son épouse. Il suffit d’une scène, située à l’ouverture d’Un jour si blanc, pour donner sens au titre du film, a priori éloigné de son pitch assez classique : au cœur d’une brume épaisse et immaculée, une voiture noire file à toute allure sur une route de montagne avant de chuter dans le vide. Outre l’évidente dimension symbolique du brouillard (les brumailles confèrent à la scène un caractère spectral qui annonce le spectacle d’une mort à venir), ses dispositions plastiques (et sa blancheur) sont mises à profit par Hlynur Pálmason, plasticien de formation. Dans cette scène, le cinéaste islandais confère une épaisseur presque cotonneuse à l’image, de manière à changer l’automobile en une simple tache sombre prompte à se mouvoir sur la pellicule. Pálmason transforme du même coup une donnée narrative importante (la mort mystérieuse de la femme du flic) en un pur événement formel, donnant le la des scènes à venir. Les différentes situations dépeintes, réduites à l’os et étirées au gré de longs travellings latéraux (non sans un certain systématisme), sont ainsi avant tout l’occasion de voir surgir à l’écran un motif ou une couleur, à l’image de cette scène en apparence anodine où, au cours d’une soirée entre amis, un homme ouvre sans raison un fumigène rouge vif dans une maison.

Rien de bien surprenant donc à ce que la rédemption finale d’Ingimundur prenne place dans le noir, tant il aura fallu pour le commissaire aller au bout de sa nuit intérieure pour se libérer de son chagrin. Dépasser le souvenir traumatique de la mort de sa femme, figurée lors de la toute première scène, implique ici d’en créer l’exact négatif : avançant à pas lent dans un tunnel entièrement sombre, le commissaire s’enfonce dans l’ombre tandis que, derrière lui, la sortie se résume à une petite trouée de blancheur dans la profondeur. Aussi, si Un jour si blanc se révèle un peu décevant sur le plan du récit policier et de l’étude psychologique que promet son canevas, c’est qu’il doit être avant tout perçu comme une somme de petits événements visuels, rendus possibles par la beauté des paysages islandais. Mouchetée et affectée de quelques tâches disparates, la pellicule confère d’ailleurs un aspect discrètement vintage aux scènes contemplatives qui composent la majorité du film – à la manière de l’étrange time lapse inaugural, où le fil des saisons et le passage du temps sont uniquement résumés par les variations chromatiques qui affectent la maison en construction du personnage principal. On regrettera toutefois que Pálmason ne donne jamais à son récit la force nécessaire pour unifier les instants de grâce qui parsèment le film, ce dernier ressemblant en fin de compte bien plus à une juxtaposition de scènes plus ou moins réussies qu’à une exploration vertigineuse de l’âme humaine.

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