Under the Silver Lake
© Le Pacte
Under the Silver Lake
    • Under the Silver Lake
    • États-Unis
    •  - 
    • 2018
  • Réalisation : David Robert Mitchell
  • Scénario : David Robert Mitchell
  • Image : Mike Gioulakis
  • Décors : Michael Perry
  • Costumes : Caroline Eselin-Schaefer
  • Montage : Julio C. Perez IV
  • Musique : Disasterpeace
  • Producteur(s) : Michael De Luca, Chris Bender, Jake Weiner, Adele Romanski, David Robert Mitchell
  • Interprétation : Andrew Garfield (Sam), Riley Keough (Sarah), Topher Grace (l'homme du bar), Callie Hernandez (Millicent Sevence), Riki Lindhome (l'actrice), Zosia Mamet (Troy), Patrick Fischler (le fan de comics)...
  • Distributeur : Le Pacte
  • Date de sortie : 8 août 2018
  • Durée : 2h19

Under the Silver Lake

réalisé par David Robert Mitchell

Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de Silver Lake. Un tueur de chiens rôde, des enfants se muent en voyous la nuit venue, des filles disparaissent. Porté depuis toujours sur les théories du complot, Sam part à la recherche de l’une d’entre elles – une jolie voisine brièvement rencontrée.

Il s’embarque alors dans un jeu de pistes à travers une Los Angeles riche en fêtes extravagantes, coïncidences et comportements troublants, une course hautement divertissante, si tant est que l’on soit prêt à passer 2h19 en compagnie d’un personnage qui n’a rien de particulièrement sympathique. Car Sam est un voyeur, un menteur, un branleur dans tous les sens du terme. Pourquoi donc vouloir suivre à la trace ce geek lubrique dont la seule motivation semble être de revoir une caricature de bimbo ?

Under the Silver Lake pourra frustrer – voire horripiler – en cela qu’il fait sienne la quête de son anti-héros, dont il épouse le point de vue. Nous regardons avec lui les fesses des filles, le suivons dans ses filatures, ses cauchemars et ses délires, l’écoutons dérouler des théories fantaisistes et s’obstiner à vouloir décrypter une chanson pop armé d’un carton à pizza. Ses amis ont tout compris – notre besoin viscéral de trouver du mystère dans un monde trop rationnel, la paranoïa de ceux qui ont tout – mais lui continue inlassablement de courir après sa lumière blonde.

Dans un univers qui semble capricieux, creux, plein de désirs mais dépourvu d’amour, la quête de la vérité paraît bien désespérée. Pourtant, non content de se faire l’écho des idées abracadabrantes de Sam, David Robert Mitchell enfonce le clou en lui donnant raison. Il semble en effet que le monde dans lequel il baigne soit truffé de messages codés, et que, comme il se l’entendra dire, sa culture ne soit que le produit collatéral de l’ambition d’autres hommes. Car ce que le film décrit est bien un monde d’hommes, soit puissants, soit frustrés de ne pas l’être. David Robert Mitchell n’est pas plus tendre avec ses personnages féminins, qui se montrent complaisants envers le désir des hommes, dans lequel elles semblent voir un moyen de promotion sociale. Cette vision paraîtrait bien trop réductrice si elle concernait l’humanité toute entière, mais le fait est que chaque parcelle d’Under the Silver Lake est imprégnée du parfum de Los Angeles, ville hyperbolique à tous égards, havre de l’ambition construit autour de cette industrie du fantasme qu’est Hollywood.

D’ailleurs, la symbiose entre le point de vue du film et celui de Sam n’est que partielle. David Robert Mitchell trouve différents moyens de ménager une distance avec son personnage, tout en restant dans un rapport d’empathie avec lui. Il y a d’abord l’hétérogénéité du film, ses ruptures de ton, ses extravagances visuelles et narratives, qui renvoient au comic book imaginaire qui lui donne son titre. Et puis il y a une accumulation de détails – phrases glissées dans une conversation, photographies accrochées aux murs – qui déconstruit les discours masculins que le film relaie en mettant en évidence l’épaisse base libidinale qui les fonde.

Ainsi, la découverte du monde souterrain recherché par le personnage principal ne sera pas la conclusion du récit. Les scènes de révélation sont si absurdes qu’elles ne s’avèrent pas réellement satisfaisantes. L’enquête de Sam semble n’être rien de plus qu’une autre entreprise masturbatoire, qui le laissera vidé, mais toujours vivant. La vérité n’étant pas crédible, reste à se demander ce qui en motive la quête. Under the Silver Lake revient à son terme à des émotions toutes simples : le besoin d’être aimé, respecté, ou au moins d’exister pour les autres. La figure du sans-abri, qui est présente de façon plus ou moins explicite tout au long du film, apparaît comme l’incarnation ultime du déclassement social : exclusion des circuits de l’argent, mais surtout de l’affection et du désir. À l’autre bout du spectre trône la figure du chien, être choyé, irrésistiblement aimable, mais aussi esclavagisé, infantilisé, instrumentalisé. Comment résister à la puissance d’attraction de ces deux pôles ? Comment exister aux yeux du monde tout en conservant son intégrité ? Nul besoin d’être un réalisateur prometteur dans la jungle de Hollywood pour partager ces questionnements.

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