Victoria

Victoria

de Sebastian Schipper

  • Victoria

  • Allemagne2015
  • Réalisation : Sebastian Schipper
  • Scénario : Sebastian Schipper, Olivia Neergaard-Holm, Eike Frederik Schulz
  • Image : Sturla Brandth Grøvlen
  • Son : Magnus Pflüger
  • Montage : Olivia Neergaard-Holm
  • Musique : Nils Frahm, DJ Koze, Deichkind
  • Production : Monkeyboy
  • Interprétation : Laia Costa (Victoria), Frederick Lau (Sonne), Franz Rogowski (Boxer), Burak Yigit (Blinker), Max Mauff (Fuss), André Hennicke (Andi)
  • Distributeur : Jour2fête, Version Originale / Condor
  • Date de sortie : 1 juillet 2015
  • Durée : 2h14

Victoria

de Sebastian Schipper

Inside Girl


Inside Girl

On reconnaît bien dans Victoria le cinéma de son époque : un cinéma post-Gravity précisément, dont l’ambition première, sensationnaliste, tient plus de l’attraction (au sens du parc) que du récit ou du voyage. On sent bien venir là les prémisses d’un cinéma de l’immersion, cherchant à toucher les spectateurs par tous les sens, en temps réel, reposé par-dessus tout sur le caractère novateur de son dispositif.

Very bad trip…

Récente sensation des Lola allemands (l’équivalent des César), Victoria est le deuxième film-plan séquence de l’année après celui, illusoire, du Birdman d’Iñárritu (victorieux, lui, aux prestigieux Oscars). La caméra ici colle aux basques d’une jeune femme en temps réel, de sa sortie d’un club berlinois à son retour vers chez elle au petit matin. Entre les deux, elle se lance dans une virée de 2h14 avec une bande de quatre amis rencontrés à la sortie de la boîte. Elle les suit jusqu’au bout d’une nuit qui dégénère, du braquage à la cavale. Parce qu’elle est seule dans cette ville qui n’est pas la sienne, parce qu’elle a dû renoncer à son rêve de devenir pianiste, l’Espagnole Victoria en quête de sensations fortes décide, bille en tête et avec une inébranlable bonté, de suivre le quatuor jusqu’à sa perte. En fait, l’intrigue policière – qui n’intervient qu’à la moitié du film, une fois que sa durée a été largement étirée par le dispositif du plan séquence et que n’a été ménagé qu’un rare temps de pause – n’a rien de singulier sinon qu’elle est vécue en temps réel, ce qui rend la lourdeur du dispositif plus artificielle qu’étourdissante.

Malgré tout, dans sa temporalité étirée au maximum, le film n’a pas tort avec son titre de se donner pour sujet principal le personnage de la jeune fille. Par l’exigence de sa forme (Sebastian Schipper parvient d’ailleurs assez bien à camoufler les maladresses du jeu de ses acteurs ou les temps morts de l’intrigue par quelques séquences musicales), Victoria étire le temps et creuse l’abîme de ses moments les plus tendus. Une scène intéressante, à ce titre, montre la protagoniste dans une crise de larmes – qui, à cause du plan qui se prolonge, ne peut pas se terminer au milieu des sanglots comme d’habitude… Victoria se relève, respire ; et ce sont ces souffles, eux qui marquent la reprise de la vie contre l’artifice de la fiction (résultat du procédé-temps réel), qui font primer la détermination de la jeune femme face à l’intrigue policière un peu hasardeuse. On préfère donc y voir le portrait d’une âme en peine prête à suivre des inconnus plus loin qu’il ne faut, ouverte à l’aventure. Victoria en ressort avec un ticket gagnant pour la vie, la chance d’un nouveau départ, qui sauve le film de la lourdeur de ses intentions.

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