Les affres des palmarès

    Le jury de la soixante-sixième Mostra de Venise, présidé par le cinéaste Ang Lee, a rendu, au soir du samedi 12 septembre, un palmarès qu’on peut juger effarant d’impertinence, tant il semble s’être acharné à récompenser les films les plus convenus de la compétition, ces affreuses « bêtes de festival ». Ceci dit, reconnaissons à Venise le génie d’une sélection passionnante qui, contrairement à celle de Cannes, n’a jamais froid aux yeux : elle n’hésite pas à juxtaposer un chef-d’œuvre du cinéma Z (Survival of The Dead de George A. Romero), un bricolage japonais nerveux et pétri d’inventivité (Tetsuo the Bullet Man de Shinya Tsukamoto), un sidérant film plasticien (Between Two Worlds de Vimukhti Jayasundara) aux grosses machines historiques (Baarìa de Giuseppe Tornatore) ou pompières (Mr Nobody de Jaco Van Dormael). Les premiers à bénéficier de cette joyeuse promiscuité sont les films eux-mêmes. N’oublions pas, en outre, que tout palmarès se fonde sur le paradoxe suivant : il est à la fois insignifiant et indispensable. Insignifiant en ce qu’il n’offre en soi qu’une lecture à chaud, et donc foncièrement volatile, d’un état du cinéma (les palmarès se retrouvent rarement en phase avec ses « grandes dates »). Indispensable en ce qu’il force à se positionner vis-à-vis d’un choix (subjectif, arbitraire) et, de ce fait, libère les discours sur les films. Le palmarès ouvre alors la voie des comparaisons. Sans lui et le désaccord profond qu’il peut – doit ? – susciter, nous n’aurions à faire, en lieu et place d’un grand festival international, qu’à une vulgaire foire à l’étalage.

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