RDV Critikat : « La Ligne de mire » de Jean-Daniel Pollet

RDV Critikat : « La Ligne de mire » de Jean-Daniel Pollet

RDV Critikat : « La Ligne de mire » de Jean-Daniel Pollet

Ni trop tôt ni trop tard


Ni trop tôt ni trop tard

Critikat organise une projection exceptionnelle de l’incunable premier film de Jean-Daniel Pollet, La Ligne de mire au Reflet Médicis à Paris, le jeudi 12 novembre à 20h30, en présence de Jean-Paul Fargier, critique et réalisateur, et grâce à la complicité des éditions La Traverse.

« Les meilleurs films sont ceux qu’on n’a pas vus », affirmait Bernard Eisenschitz dans une conférence du Collège de la Cinémathèque française, citant cet incunable premier film de Jean-Daniel Pollet[1]Pour un cinéma comparé : influences et répétitions, dirigé par Jacques Aumont, La Cinémathèque française, 1996.. « Je ne sais pas s’il a été terminé, s’il a été tourné ou non. Je ne connais personne qui l’ait vu. » Depuis cet été et grâce à la belle édition du film en DVD restauré par les Archives françaises du Film et complété par des témoignages d’Édith Scob, Jean-Paul Fargier, et Boris Pollet, le premier long métrage de Jean-Daniel Pollet est enfin devenu visible. Blessé par les critiques qui lui avaient été faites lors des premières projections, Pollet avoue s’être affolé. Tel Pénélope, il remit mille fois son ouvrage sur la table de montage pour mieux le défaire et le soustraire aux regards. Sorti des eaux, le trésor longtemps englouti n’en a pourtant pas perdu son éclat. Aujourd’hui encore, il impressionne par sa liberté frondeuse, son incroyable modernité, sa nonchalance assurée.

Auteur d’un court métrage remarqué, Pourvu qu’on ait l’ivresse, Jean-Daniel Pollet a décliné la proposition que lui avait faite Melville de l’assister sur le tournage de Deux hommes dans Manhattan, bien décidé à tourner son premier long. Les observateurs qui se sont rendus sur le tournage, comme ce fut le cas de François Truffaut, racontent quelle incroyable liberté était laissée aux acteurs, pour lesquels Pollet allait jusqu’à réécrire les rôles une fois qu’il les a fréquentés. On y croise donc Édith Scob qui glisse avec grâce dans un tramway traversant Paris la nuit, Claude Melki, déjà complice du cinéaste, qui exécute une danse aussi improbable qu’irrésistible, et Pierre Assier qui tient le rôle principal (qui sera son unique), de l’héritier d’un château lugubre où se pratique un mystérieux trafic.

Il y a quelque chose d’assez proche de certains premiers films de Godard dans la confiance que le cinéma et l’imaginaire peuvent susciter toute une intrigue de réseau clandestin à partir de quelques caisses fermées chargées dans un camion. Surtout, Pollet fait de la voix off de son personnage principal un guide à travers le labyrinthe de ses souvenirs, ramenant sans cesse le spectateur à des endroits où il est déjà passé, ou le faisant sauter dans le temps du jour à la nuit, de l’hiver à l’été. Imprégné du Nouveau Roman dont Pollet fréquentait les écrivains, le texte donne une liberté absolue pleine de ruptures et de chemins de traverse, dans cet amas de souvenirs flous et nébuleux. Au point que Jean-Paul Fargier se demande si Pollet n’a pas craint que cette modernité littéraire ne soit trop en avance sur le cinéma de son temps. Il n’est en tout cas pas trop tard pour découvrir le film, dans sa belle édition DVD, ou, mieux, dans sa projection en copie restaurée.

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Notes

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1 Pour un cinéma comparé : influences et répétitions, dirigé par Jacques Aumont, La Cinémathèque française, 1996.

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