Répliques n°2

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Répliques n°2

Le cinéma a la parole


Le cinéma a la parole

Pour son second numéro, la revue ne change rien ou presque : des entretiens avec des gens de cinéma menés par une bande de Nantais.

Difficile de chroniquer un livre d’entretiens sans le paraphraser… Comme nous n’avions pas évoqué le numéro 1 dans nos colonnes, commençons par mentionner le cœur du projet de la revue : avant tout se mettre au service de la parole des « invités ». Et ne pas obéir à la dictature du flux infernal de l’actualité, sans s’interdire de la rencontrer – Mahamat-Saleh Haroun ici au sommaire alors que Grigris sortait début juillet. Comme le note Nicolas Thévenin dans l’édito qui ouvre le numéro, face aux films, la revue tente surtout « d’en cerner la gestation et accompagne dans la mesure du possible leur diffusion afin de poser, aussi, les marques d’une cinéphilie et d’une sélectivité. »

Ainsi, amorcé lors du numéro inaugural, le tropisme portugais de la revue se précise ; après Miguel Gomes dans le numéro précédent, voici João Pedro Rodrigues et João Rui Guerra da Mata, suivis de Rui Poças, chef opérateur pour les uns et les autres. C’est ce qui s’appelle avoir de la suite dans les idées. Si l’on a souvent entendu Gomes et Rodrigues, la parole de Guerra da Mata et de Rui Poças est plus rare. C’est particulièrement celle de ce dernier qui captive dans ce numéro, notamment parce que l’on suit une évolution et un processus par son intermédiaire : « au Portugal, il n’y a pas une grande tradition de l’image. Contrairement à d’autres territoires, nous n’avons eu ni grands photographes ni grands peintres. » L’entrelacs entre un parcours professionnel et celui d’un jeune corps de métier rend l’entretien très vivant, ceci est ensuite relayé par l’entrée dans la fabrication des films, particulièrement O Fantasma de João Pedro Rodrigues.

Christophe Honoré s’étend sur un film à venir (une adaptation des Métamorphoses d’Ovide) quand Pedro Rodrigues et João Rui Guerra de Mata reviennent sur leur collaboration au long cours, ainsi que leur première co-réalisation – La Dernière Fois que j’ai vu Macao –, tandis qu’une cinéphilie à tendance mélancolique se trouve au cœur des échanges avec José Luis Guerín. Les entretiens disposent ainsi tous de leur singularité tout en s’alimentant les uns les autres, ce qui rend possibles différentes manières d’aborder la lecture de la revue. Répliques se situe globalement dans un joli art du contretemps, davantage en amont et/ou en aval des films et des œuvres que dans le grand nuage inaudible des bruits de la critico-chronique de cinéma. On préférera qu’elle cultive moins à l’avenir l’art de la coquille, mais on lui souhaite avant tout de l’avenir, car quand la parole critique se trouve en berne sinon en crise, celle de ceux qui font les films représente un précieux jalon pour penser le 7e art.

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