Accueil > Actualité ciné > Critique > Adieu Cuba mercredi 9 août 2006

Critique Adieu Cuba

Metropolitan FilmExport

Days of wine and roses, par Vincent Avenel

Adieu Cuba

The Lost City

réalisé par Andy Garcia

Né à Cuba en 1956, Andy Garcia adapte à l’écran le scénario de G. Cabrera Infante, situé au moment de l’arrivée au pouvoir de la dictature communiste de Fidel Castro. Entre souvenirs personnels et passion pour la musique de son pays natal, il réalise également un film peut-être un peu trop académique, mais qui est aussi un bel hommage au cinéma hollywoodien des monstres sacrés.

Le 1er janvier 1959, le révolutionnaire Fidel Castro renversait à la Havane le régime dictatorial de Fulgencio Batista, dernier héritier de la tumultueuse histoire d’un pays colonisé par l’Espagne, puis chapeauté par les États-Unis. Toute une frange de la population cubaine, et parmi eux des représentants des nantis, aspirait à ce changement. L’Histoire nous dit aujourd’hui qu’il ne s’est pas effectué pour le meilleur. Andy Garcia se garde bien de porter un jugement sur le legs historique de la dictature communiste de Castro, et raconte avant tout une histoire de famille – sa famille, ou peu s’en faut. Les trois fils Fellove, riches propriétaires de la Havane, sont déchirés entre les questions de loyauté familiale et le besoin qu’ils ressentent d’un changement politique.

Le film se place du point de vue de Fico Fellove, interprété par Garcia lui-même. Directeur d’un cabaret, il se refuse à prendre part à une action politique militante, là où ses frères et ses amis prennent fait et cause pour la révolution castriste, ou pour le régime en place. Lentement, le film permet de pénétrer dans une famille éprise de l’idée de liberté, de cette liberté naïve qui croit toujours que les révolutions se font sans heurts. Suivre les vicissitudes de cette famille, c’est aussi découvrir la Havane, peu avant la chute de la dictature. La ville des Caraïbes resplendit des derniers feux d’une métropole de pays colonisé, telle qu’on la rêve et telle que Garcia l’a connue dans son enfance.

Il est difficile, à la vue des images très travaillées du film, de ne pas songer à l’Âge d’Or d’un cinéma hollywoodien, qui n’est aujourd’hui plus guère célébré que par des films comme le splendide Minuit dans le jardin du bien et du mal de Clint Eastwood, ou Barton Fink des frères Coen. Ombres et lumières sont au service d’une photo appliquée, aux couleurs chatoyantes à dominante ambrée, le film se déroulant majoritairement dans une ambiance crépusculaire. Ce crépuscule est aussi celui de Cuba d’avant Castro : Garcia ne recule jamais devant une interpénétration des signifiants visuels. La musique, très présente dans le film, célèbre toute la richesse de la culture cubaine. Elle permet également d’appuyer un nombre significatif de scènes du film, de tranches de vie cubaine. Si la musique structurait certainement la vie de l’île, elle illustre également le film de façon centrale. C’est toute la subtilité de la réalisation d’Andy Garcia : son traitement du langage cinématographique est lui-même un langage, destiné à ressusciter une certaine ambiance de Cuba.

De subtilité, il n’est que peu question concernant la réalisation elle-même : Andy Garcia est un élève appliqué et passionné de nombre de maîtres du cinéma. Casablanca, Le Parrain, La Ligne rouge, Les Incorruptibles : les emprunts et les hommages pleuvent sur Adieu Cuba. Si c’est un travers de réalisation commun aux acteurs passés derrière la caméra, la seule chose que l’on puisse reprocher à Garcia est de faire dans l’excès de zèle, d’exprimer trop fortement un amour manifeste d’un certain cinéma de genre. Il reste à l’acteur devenu réalisateur à trouver son souffle réel, ce qui ne saurait tarder au vu de certaines séquences tout simplement merveilleuses. On retiendra notamment tout le passage, soutenu par la musique seule, qui fait se rejoindre les personnages d’Andy Garcia et d’Inès Sastre comme un modèle, truffé de belles idées de mise en scène.

De ces deux acteurs aux plus secondaires des rôles, tous prennent un plaisir évident à jouer leurs personnages. Si l’on peut déplorer que les personnages des frères Fellove, Garcia excepté, ne soient pas plus développés, il faut rappeler que ce projet tient au cœur de l’acteur depuis des années, et que le scénario tel qu’il est aujourd’hui ne représente qu’un tiers de ce que voulait tourner Garcia. De cette version que l’on ne verra jamais, on est en droit de penser qu’elle faisait la part plus belle encore aux personnages. Il reste de cette gigantesque saga potentielle un film subtil et nostalgique, qui tire sa richesse de ses seconds rôles, avec en premier lieu Bill Murray – qui trouve ici un rôle heureusement plus original que tous ceux dans lesquels on le cantonne à présent – entre Kafka et Groucho Marx.

Limité à une sortie estivale qui assure presque certainement son échec au box-office, Adieu Cuba est pourtant un film qui eût mérité bien mieux, tant il gagne à être découvert. Trop appliqué, académique certainement, le film recèle pourtant ses moments de magie cinématographique. Le plus étrange et poétique, parce qu’involontaire, est la séquence d’ouverture. Une vue de La Havane sur front de mer alternée avec un jazzman la trompette à la bouche, évoque étonnamment la Nouvelle-Orléans d’avant Katrina, une autre « lost city », selon le titre original. L’Histoire, ironiquement, fait que le film arrive sur les écrans français alors que vacille la dictature castriste : « j’en ai vu, des révolutions », lance un des protagonistes, « Castro disparaîtra, comme les autres... ».

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