Accueil > Actualité ciné > Critique > Dans le noir mardi 23 août 2016

Critique Dans le noir

Qui a éteint la lumière ?, par Fabien Reyre

Dans le noir

Lights Out

réalisé par David F. Sandberg

Adapté par David F. Sandberg du court métrage du même nom qu’il avait réalisé en 2003, Dans le noir (Lights Out en VO) ne tient jamais les promesses de son postulat. Terriblement efficace, le court métrage (visible sur YouTube et autres plateformes de vidéos en ligne) montrait une femme aux prises avec un monstre se nourrissant de l’obscurité pour mieux attaquer sa victime. L’environnement ultra-familier (un appartement, une chambre), l’habileté de la mise en scène et son équilibre parfait entre humour et angoisse faisaient de ce petit film un vrai bijou d’horreur pure, d’autant plus terrifiant que son sujet parle à chacun d’entre nous : qui, enfant, ou même adulte, n’a pas été terrifié par les ombres qui apparaissent dès lors que les lumières sont éteintes ?

Dans le mur

En dépit de sa durée ultra-resserrée (1h20), la version longue de cette petite merveille est un ratage sur toute la ligne. Produit par James Wan, nouveau pape de l’horreur américaine (Saw, Insidious, Conjuring), Dans le noir reprend les codes habituels de l’épouvante en pilotage automatique : jump-scares à gogo, fantôme très énervé se repaissant des âmes tourmentées, famille violentée par des forces surnaturelles et une bonne grosse dose de discours moralisateur, à la limite du conservatisme primaire. Surtout, Sandberg ne fait strictement rien des deux meilleures idées du film. En premier lieu, la peur du noir et du hors-champ ne lui inspire rien de plus que la répétition ad nauseam de l’alternance jour/nuit, et une fois les multiples sources de lumière utilisées (lampe torche, bougie, lumière blanche, enseigne lumineuse, téléphone portable et même – seule scène un peu fun du film – phares de voiture), le réalisateur se trouve tout déconfit, dépassé par son propre sujet. C’est d’autant plus dommage que la piste narrative développée ici, la dépression de la mère de l’héroïne, n’est jamais creusée au-delà des ressorts dramatiques habituels et d’un final bâclé.

Horreur, malheur

L’idée était pourtant belle : les enfants d’une femme dépassée par sa propre maladie doivent lutter contre une entité invisible qui vit dans les ténèbres, avec pour seul objectif l’annihilation progressive de tout ce qui la relie au monde des vivants. Mais Sandberg évacue totalement les nombreuses opportunités qui s’offrent à lui pour privilégier un programme idiot en tous points, réglant purement et simplement les questions posées par ce sujet sensible en y apportant un dénouement digne d’un manuel de psychothérapie clinique des années 1950 – à côté, les méthodes de nurse Ratched dans Vol au-dessus d’un nid de coucou semblent limite progressistes. Seule actrice intéressante d’un casting atone (celle qui joue l’héroïne gagne le pompon), Maria Bello est cruellement sous-employée dans le rôle de la mère. La véritable horreur, dans ce genre de navet, est de voir des actrices que l’on aime se soumettre pour des raisons purement alimentaires à des rôles indignes d’elles.

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