Accueil > Actualité ciné > Critique > Ferda la Fourmi mardi 9 février 2016

Critique Ferda la Fourmi

Le monde miniature d’Hermína, par Raphaëlle Pireyre

Ferda la Fourmi

réalisé par Hermína Týrlová

Dans la boîte à couture d’Hermína

Hermína Týrlová est l’une des très rares femmes à s’être fait un nom au niveau mondial dans le cinéma d’animation et voilà déjà plusieurs années que son œuvre devient accessible en France. Avant que Malavida ne regroupe ces cinq courts métrages réalisés entre 1968 et 1983, le distributeur KMBO (on ne dira jamais assez quel merveilleux travail accomplissent pour la diffusion d’un cinéma très jeune public de qualité ces deux distributeurs, auxquels il faut bien sûr ajouter les Films du Préau) avait déjà proposé, en 2010, une compilation de courts métrages de la cinéaste regroupés sous le titre Les Contes de la ferme. On se souvient également du magnifique ciné-concert produit par le Forum des Images à l’occasion de son festival Tout Petit Cinéma en 2014 : Matriochka et autres pépites slaves donnait à découvrir, sous les accents de la musique slave des Yeux Noirs, La Boîte à tricot et Le Petit Chat malicieux.

C’est bien sa boîte à tricot que ressort ici la réalisatrice, elle qui, au cours de ses cinquante ans de carrière, a toujours aimé chercher la difficulté en choisissant d’animer des matériaux peu propices au mouvement. Feutre, brins de laine, ou billes : elle sait magnifiquement travailler les aplats dans une forêt tout entière constituée de morceaux de tissus (Les Farces du diablotin) ou se jouer des alternances d’opacité et de transparence dans le monde sous-marin créé à partir de figurines de verre (Les Féeries du corail, dont la ressemblance troublante avec le conte persans Le Poisson arc-en-ciel peut s’expliquer les nombreux transfuges d’animateurs iraniens venus se former en Europe de l’Est). La magie des objets inanimés prenant vie (comme cette salopette qui quitte sa corde à linge pour battre la campagne) participe d’une forme de malice qui aime à voir dans le spectateur un complice et à s’amuser avec lui de cette mise en abyme du lien entre le récit et le matériau du film.

Animer le monde

Le motif du jeu ou du jouet qui s’anime est d’ailleurs très présent ici, comme dans Rêve de Noël, projet chéri de Týrlová dont la pellicule prit feu dans un incendie qui blessa gravement la cinéaste. Hospitalisée, elle ne put reprendre et terminer le film qu’elle confia aux bons soins de Karel Zeman, complice auquel on pense souvent tant leurs idées de techniques et de récits convergent, notamment dans leur souhait commun de mélanger prise de vue réelle et animation. En 1968, pour Les Féeries du corail, Týrlová fera par exemple appel à Antonín Horák, caméraman employé par Zeman vingt ans plus tôt pour filmer les figurines de verre de l’un de ses chefs d’œuvre, Inspiration. Formée comme Zeman en travaillant pour le studio d’animation créé par Toma Bâta (le fondateur de l’empire industriel spécialisé dans la chaussure), Týrlová s’essaie à toutes les techniques dans la mise en scène des messages publicitaires ou de personnages populaires.

Ainsi, elle transplante de ses livres illustrés vers le cinéma le personnage de Ferda la fourmi, lointaine cousine de la Petite Taupe et du Criquet de Zdeněk Miler, aussi facétieuse que maladroite. Toutes les figures du monde de Týrlová partent à la découverte de leur environnement animés de bons sentiments. Même le garnement qui tourmente les oiseaux finira par se repentir de ses mauvais tours. Peut-être est-ce dû aux consignes de l’état autoritaire de mettre en valeur par le cinéma les vertus du peuple. Quoi qu’il en soit, Týrlová ne concevait le cinéma d’animation comme un « conte de fées mobile du XXème siècle » et souhaitait que « la vie des marionnettes, des animaux et des choses se déroule devant les yeux des enfants comme un rêve inoffensif et que le bien triomphe du mal ».

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