Accueil > Actualité ciné > Critique > Free Love mardi 9 février 2016

Critique Free Love

C’était pas ma guerre !, par Soleil Håkansson

Free Love

Freeheld

réalisé par Peter Sollett

Le 26 juin 2015 et alors que la plupart des États américains ont progressivement voté la loi depuis 2004, le mariage pour tous est légalisé dans l’ensemble du pays. Cette avancée juridique fait suite aux nombreux combats menés par diverses organisations LGBT telles que l’Human Rights Campaign. Un an plus tôt et dans le cadre de l’une de ses conférences, la comédienne Ellen Page effectuait son coming-out et décidait de s’investir dans le combat pour l’acceptation. Elle tournait Free Love quelques mois plus tard, qui nous arrive aujourd’hui en salles.

Dans le long-métrage de Peter Sollett, la canadienne incarne Stacie Andree, jeune femme qui s’engage dans une relation avec une lieutenant de police de dix-neuf ans son ainée. Cette dernière, interprétée par Julianne Moore, tombe gravement malade et aimerait que sa compagne puisse bénéficier de sa pension après son décès. Si une possibilité légale existe pour les fonctionnaires non mariés, elle est cependant soumise au libre arbitre du comté. Or, s’il n’oppose que peu de résistance aux couples hétérosexuels, ledit comté refuse, par idéologie politique, d’accorder les mêmes droits aux couples homosexuels. Un bras de fer s’engage alors entre les deux parties, ne mesurant pas encore l’importance du retentissement qu’engendrera l’affaire.

Avec un pitch progressiste et dont la volonté est de contribuer aux changements qui se produisent peu à peu en Occident, Free Love s’impose d’emblée comme un film attendu et porteur d’espoir pour bien des communautés. Mais un sujet important et des comédiens qui font preuve d’un certain brio (d’une Julianne Moore déjà touchante dans des rôles de malade comme celui qu’elle portait dans Still Alice en 2014 à un Steve Carell dont le sens du rythme qui faisait le sel de The Office séduit plus avant dans des rôles engagés) ne pourront éclipser les failles d’une proposition de cinéma à la forme souvent plate et à l’intrigue convenue. Dans cet esprit de dignité planant sur un long-métrage qui filme l’amour avec la pudeur d’un produit Disney, un minimum de sensualité aurait sans doute mieux soutenu une intrigue qui se déroule de façon très linéaire : la rencontre, la maladie, le procès et cette issue fatale qui invite à verser quelques larmes à coups d’effets de manche (flashbacks et musique) qui se substituent au propos. Au-delà de ces effets faciles, quelques moments viendront réveiller la ronronnante mécanique d’un projet mou car crispé à l’idée d’abîmer ses principales figures féminines. Ce seront donc les saillies progressistes de ses personnages masculins (l’activiste incarné par Steve Carell et ses différents soutiens) qui auront la charge de remuer efficacement la soupe. Aussi, la scène la plus savoureuse de Free Love est peut-être celle où un prêtre épiscopal convoqué comme témoin défend la réalité de ce qu’a dit Jésus sur l’homosexualité à travers un long silence qui parvient à bousculer les juges (« Rien, voilà exactement ce qu’il a dit à propos de l’homosexualité ! »). Rythmé, drôle et touchant, ce passage qui entend présenter un pan de l’église ouvert aux homosexuels recèle surtout en creux la stratégie d’un film qui, pour les défendre, tient le plus souvent à soutenir l’idée qu’ils peuvent à leur tour s’inscrire dans la norme. Doublant cette scène, c’est aussi et surtout ce que laisse entendre la plaidoirie finale de Stacie Andree, particulièrement centrée sur son désir d’achever sa vie en propriétaire d’une maison et d’un chien.

Dans Free Love comme ailleurs, il est donc regrettable de constater que la cause homosexuelle ne puisse avancer qu’à la condition que lesdits homosexuels montrent patte blanche aux garants des défenseurs de la norme. Et cette idée de ne les accepter que sous réserve de les voir mener une vie rangée, voire maritale tant qu’ils ne dérangent pas, constituera une argumentation conservatrice peu à même de soutenir les idées progressistes dont l’œuvre aurait aimé se faire le porte-drapeau. Parce qu’il aura préféré séduire les détracteurs du mariage pour tous en leur vendant un couple homosexuel à même de caresser au mieux leur idéal conservateur, le film de Peter Sollett ne s’imposera qu’en ode à la liberté conditionnelle (plutôt qu’absolue). Misant petit et sur des surlendemains qui chantent plutôt que d’attaquer le problème de manière frontale et immédiate, il restera au moins un film supplémentaire s’inscrivant dans la lutte contre l’homophobie.

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