Accueil > Actualité ciné > Critique > Kaddish pour un ami mardi 3 février 2015

Critique Kaddish pour un ami

Le processus de paix pour les nuls, par Benoît Smith

Kaddish pour un ami

Kaddisch für einen Freund

réalisé par Leo Khasin

C’est un traquenard classique pour les films prétendant faire grand cas de la fraternité entre les peuples : appuyer a contrario sur les caractéristiques qui les séparent. Et Kaddish pour un ami, premier long métrage de Leo Khasin, s’y jette à pieds joints. Comment s’y prend-il pour faire se rencontrer un jeune réfugié palestinien et un vieux Juif de Russie dans un quartier cosmopolite de Berlin ? D’abord, mettre dans la bouche du père du jeune homme des sentences définitives comme « qu’Allah maudisse les Juifs ! » ; et juste après, pénétrer chez ceux d’en face et faire une série de gros plans sur les kippas en présence. La suite aura beau professer la poignée de main au-delà des différences, le film a dès lors trahi l’inconsistance de sa posture : dans le regard discriminateur qui est le sien, un Juif reste avant tout un Juif et un Arabe un Arabe. Et on y voit là moins de franche conviction personnelle qu’une soumission servile à des schémas scénaristiques destinés à mettre chaque personnage dans sa case, le privant de toute possibilité d’exister au-delà.

Car le caractère insupportable de Kaddish pour un ami vient autant de l’absence de sincérité de sa prétention fédératrice (tel un Intouchables inter-confessionnel mâtiné de Gran Torino) que du cloisonnement hermétique de son écriture, où le moindre réflexe de personnage doit être pesamment motivé à voix haute, si possible en exploitant au maximum les lieux communs d’usage. Faut-il arranger la rencontre conflictuelle entre les deux protagonistes ? Additionnons (chez le jeune garçon seul) l’influence du père, le conflit israélo-palestinien (que les deux s’enverront à la tête à tout bout de champ) et le besoin de s’intégrer à la bande de délinquants d’origine moyen-orientale du quartier. Stigmatiser l’intolérance du père ? Faisons-le bousculer sa femme enceinte. Exposer l’intransigeance de la justice envers les immigrés ? Compilons, en une seule réplique d’un procureur, les préjugés sur les terroristes et le « devoir d’expiation » de l’Allemagne envers les Juifs... Le reste est à l’avenant. Ce ne sont pas des personnages qui défilent sous nos yeux, mais des compositions d’éléments de scénario besogneux et fier de son cours de sociologie accéléré qui, hors de ces affligeantes balises, ne leur laisse aucun moyen de s’exprimer, ni à nous de percevoir la part secrète qui les rapprocheraient d’entités humaines. Le maigre et éphémère espoir d’y échapper vient du comédien Ryszard Ronczewski, seul à vouloir mettre un peu d’épaisseur dans son rôle, celui du vieux Juif résilient et grincheux au passé douloureux. Mais l’espoir tient surtout au souvenir du rôle quasi identique qu’il a auparavant tenu dans un film largement supérieur, Et puis les touristes de Robert Thalheim où il était lui-même plus subtil. Autant dire que le constat du naufrage est inévitable.

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