Accueil > Actualité ciné > Critique > Mary Queen of Scots mardi 11 novembre 2014

Critique Mary Queen of Scots

Passion royale, par Carole Milleliri

Mary Queen of Scots

réalisé par Thomas Imbach

La fille de Marie de Guise et de Jacques V d’Écosse, est un objet de discorde dès sa naissance. Reine d’Écosse et prétendante au trône d’Angleterre, Mary est extradée en France à six ans, mariée à quinze, veuve à seize. Elle décide alors de rentrer au pays et de reconquérir au passage le trône d’Angleterre, acquis par sa cousine Elisabeth 1ere. En adaptant Mary Stuart de Stefan Zweig, c’est l’histoire d’une reine hors normes que le Suisse Thomas Imbach porte à l’écran, à la recherche d’une forme aussi audacieuse que son héroïne est impétueuse.

Royaume de solitude

Mary Queen of Scots décrit la trajectoire brisée d’un être guidé par la passion, dans sa relation aux hommes comme au pouvoir, emportée par un même élan romantique. À la rigueur de la reconstitution, Imbach préfère l’exploration d’une psyché fascinante. États d’âme et hantises traversent un film oscillant entre cataclysme et langueur. La trahison, la mort, la confrontation agissent comme des détonateurs dans le parcours de Mary, dont les erreurs stratégiques sont montrées autant comme la conséquence d’un tempérament intransigeant et entier que l’origine d’une névrose. Héroïne farouche, Mary, l’Européenne, à cheval entre trois royaumes qui lui échapperont tour à tour, est servie par une interprète charismatique en la personne de Camille Rutherford (Un été brûlant, Low Life). Outre son bilinguisme, la comédienne de formation classique brille par sa capacité à flirter entre rigueur et détente dans l’interprétation de cette souveraine hors norme. Le port altier, le regard triste, le visage dénué de maquillage, le corset serré, le corps de Rutherford est l’élément central d’une mise en scène du dénuement. Le corps des personnages prévaut sur la richesse des décors, écrins vastes mais vides, où l’esprit s’égare et déraille.

Histoire et fantasme

À la recherche d’un ton résolument moderne, Mary Queen of Scots surprend par le phrasé alangui ou précipité de ses acteurs, par l’impudence de leur ton, en décalage avec la raideur de leurs costumes et la pesanteur de leur environnement. Thomas Imbach reconstitue par touches, pour donner l’impression d’une époque tout en rappelant sans cesse l’actualité d’une héroïne qui veut tout à la fois : le pouvoir et l’amour, la puissance et la protection, le respect des hommes et l’accomplissement de la maternité. Le compromis fonctionne la plupart du temps, mais il compte aussi beaucoup sur une adhésion sans faille à l’aura de son héroïne. Baignée le plus souvent dans une lumière naturelle prompte à souligner un teint diaphane, Mary /Camille Rutherford occupe le cadre en gros plan à la moindre occasion, pour ne jamais perdre son spectateur dans son monde aux contours instables. Thomas Imbach avait déjà fait montre de son goût pour l’étrangeté avec I Was a Swiss Banker, où un jeune banquier échappait à un business frauduleux en plongeant dans le lac Constance et rencontrait sirènes et sorcières sur la voie de sa rédemption. Avec une reine habitée par une conception sacrée de sa mission, le merveilleux s’immisce cette fois-ci par les brèches d’une douce folie. L’ombre d’Elisabeth plane dans les palais froids et les bois brumeux. Tantôt sous les traits d’une émissaire qui lui ressemble, tantôt sous la forme d’une marionnette, la sœur ennemie surgit partout : on brandit son portrait au détour d’un escalier comme dans la salle du trône. Figure de l’absence, aimée et redoutée, la reine d’Angleterre hante les heures sombres de Mary, annonce de l’issue tragique d’une réunion impossible. Film âpre et intransigeant, comme son héroïne, Mary Queen of Scots prend le risque de ne pas séduire. Il produit tout le contraire.

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