Accueil > Actualité ciné > Critique > Voyez comme ils dansent mardi 2 août 2011

Critique Voyez comme ils dansent

Mes pas dans la neige, par Clément Graminiès

Voyez comme ils dansent

réalisé par Claude Miller

Deux femmes amoureuses d’un homme depuis disparu, une contrée lointaine isolée par l’hiver canadien : c’est sur ces deux bien maigres idées (inspirées d’une nouvelle) que Claude Miller a tenté de construire son dernier long-métrage. Mais de l’académisme de la mise en scène à la piètre direction d’acteurs (et surtout d’actrices) flanqués de dialogues invraisemblables, ce que l’on reprochera le plus au réalisateur, c’est le sérieux de l’élève trop appliqué – et donc un peu ridicule – avec lequel il traite son sujet.

Plantons le décor puisqu’il est surtout questions de belles images et de beaux paysages : Lise est vidéaste (sans qu’on sache vraiment ce que ça veut dire, mis à part qu’elle se promène avec une caméra pour faire des plans d’une laideur sans commune mesure) et parcourt les cinq mille kilomètres qui séparent Montréal de Vancouver en train, se faufilant dans les grandes étendues enneigées du centre du pays. Lise n’est pas là par hasard car, derrière son joli minois auquel Marina Hands prête ses traits, elle tente de dissimuler une blessure qui peine à se cicatriser : la mort prématurée de son ex-mari, Vic, un showman « internationalement reconnu », qui l’avait quittée quelques mois avant sa disparition pour rejoindre une mystérieuse femme médecin terrée au fin fond de l’Alberta. Parce que le destin frappe à sa porte, Lise se retrouve bloquée tout près du village où vit cette femme que son ex-mari a aimée avant de décéder. Dans un élan de masochisme que confirme son état grippal (et qui est donc l’opportunité rêvée pour faire appel à une femme médecin), elle décide alors de rencontrer celle qui lui a succédé.

Certes, de Claude Miller, cinéaste honorable du milieu des années 1970 à la fin des années 1980, on n’attend malheureusement plus grand-chose depuis deux décennies. On ne reviendra pas sur ses nombreux ratages successifs même s’ils ne le privent cependant pas d’un succès populaire ponctuel (le très mauvais Un secret avait par exemple rameuté quelque 1,7 millions de spectateurs dans les salles en 2007). Mais il faut bien avouer que reste toujours, quelque part, l’espoir insensé de retrouver la délicatesse de l’auteur de L’Effrontée ou de La Meilleure Façon de marcher. Dans la stricte lignée de son dernier film, Je suis heureux que ma mère soit vivante, le réalisateur privilégie désormais les quêtes identitaires sur fond de psychologie de bazar où chaque dialogue doit faire (lourdement) sens. À ce niveau-là, Voyez comme ils dansent enfonce toutes les portes ouvertes imaginables et fait vraiment peine à voir si on le compare à d’autres œuvres construites sur le même canevas, comme par exemple le très beau mais méconnu La Vengeance d’une femme de Jacques Doillon (1989). Ici, la rencontre entre Lise et sa concurrente aurait dû provoquer des étincelles, contenir une violence sourde faite de malentendus nourris par l’histoire respective que chacune a vécue avec le défunt. Au lieu de cela, on assiste à une querelle de gamines mal dégrossies et aux enjeux terriblement faiblards. Les actrices s’en sortent plutôt mal (surtout Marina Hands, insupportable), peu aidées par des dialogues abscons où la médiocrité côtoie la banalité.

Probablement conscient de la faiblesse de son propos, Claude Miller a certainement commis l’irréparable erreur de vouloir alambiquer son récit à coups de flash-backs répétitifs (certains plans ont même été sacrément rentabilisés) alors que, paradoxalement, l’absence de complexité du récit ne laisse aucune part d’ombre. Il aurait probablement été intéressant de priver le spectateur de la présence de l’homme aimé, d’une part, parce que son personnage de comique tragique est d’un ennui terrible et, d’autre part, parce qu’il aurait permis aux deux femmes d’affirmer la manière dont chacune a vécu son histoire et son partenaire, édifiant une autre vérité en marge de celle revendiquée par la concurrente. Mais pour cela, il aurait fallu que le réalisateur prenne conscience de la dimension symbolique du hors-champ et que son utilisation de l’espace ne se borne pas à une succession de cartes postales qui n’apportent pas grand-chose au récit, même pas le sentiment de se perdre. Appliqué et consciencieux, Claude Miller s’en tient donc à une laborieuse histoire qui se termine en eau de boudin, incapable de donner à celle-ci la dimension qu’elle n’avait vraisemblablement pas sur le papier.

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