© Frédéric Louradour
Cornélius, le meunier hurlant

Cornélius, le meunier hurlant

de Yann Le Quellec

  • Cornélius, le meunier hurlant

  • France2017
  • Réalisation : Yann Le Quellec
  • Scénario : Yann Le Quellec, David Elkaïm, Gladys Marciano, Jean-Luc Gaget
  • d'après : le roman Le Meunier hurlant
  • de : Arto Paasilinna
  • Image : Sébastien Buchmann
  • Décors : Florian Sanson
  • Costumes : Sandrine Bernard
  • Son : Antoine Corbin, Jean Mallet, Margot Testemale
  • Montage : Sandie Bompar, Yann Dedet
  • Musique : Martin Wheeler
  • Producteur(s) : Patrick Sobelman, Marc Bordure, Yann Le Quellec, Patrick Quinet
  • Production : AGAT Films & Cie, Les Films de Mon Moulin, Ex Nihilo, Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma, CN6 Productions, Artémis Productions, Shelter Prod
  • Interprétation : Bonaventure Gacon (Cornélius), Anaïs Demoustier (Carmen), Gustave Kervern (le maire Cardamome), Christophe Paou (Gazagnol), Denis Lavant (Dr de Chomo), Solange Milhaud (la femme de Cardamome), Camille Boitel (le commis de l'épicerie), Jocelyne Desverchère (Dr Aloïse), Guillaume Delaunay (le policier Torpido), Maxime Dambrin Raoust (le policier Portimo), Cyril Casmèze (l'homme ours)
  • Distributeur : Ad Vitam
  • Date de sortie : 2 mai 2018
  • Durée : 1h47

Cornélius, le meunier hurlant

de Yann Le Quellec

Le diable en quête de corps


Le diable en quête de corps

Avec des titres originaux comme Je sens le beat qui monte en moi ou Le Quepa sur la Vilni !, la filmographie naissante de Yann Le Quellec fleure bon l’invitation à la fantaisie au rythme du corps et de la langue — on avait d’ailleurs, à cet égard, bien accueilli le premier de ces deux courts-métrages. Si le titre du premier long du cinéaste provient cette fois du roman d’Arto Paasilinna Le Meunier hurlant, il formulait une promesse similaire. Hélas, la fantaisie invoquée ici s’avère un piège dont le film ne se relève pas.

Rhabillant des paysages du sud de la France dans de vagues oripeaux de western (avec une ballade de générique chantée par Iggy Pop), le film narre un conte aux airs de « la Belle et la Bête ». Venu d’on ne sait où, Cornélius vient squatter un moulin en surplomb d’un village dont il devient le meunier, mais ses nouveaux concitoyens ne tardent pas à regretter sa venue : chaque nuit, une irrésistible pulsion venue des entrailles le pousse à gesticuler et à hurler à la Lune, troublant le sommeil de toute la vallée. La seule personne qui ne finit pas par souhaiter sa disparition est la charmante fille du maire, qui entend le convertir à la culture de verger, et dont il tombe amoureux… On aurait aimé pouvoir accepter l’évidente proposition du film de découvrir un folklore monté de bric et de broc, propices à un spectacle de folie douce ; malheureusement, c’est l’assemblage laborieux entrepris pour parvenir à ce spectacle qui prend le pas, et déçoit par sa lourdeur et son manque d’âme.

Des dérèglements qui manquent d’enjeux

Autour d’une trame scénaristique résolument placée dans les ornières du conte de l’intolérance, les efforts de Le Quellec pour la saupoudrer de fantaisie légère débordent sans convaincre. Les personnages, écrasés par la combinaison de loufoquerie et de naïveté factice dont l’auteur les affuble, n’existent que comme caricatures. Les scènes comiques, pour la plupart signifiant l’inadaptation du héros à la société, ne font jamais oublier à quel point elle surlignent les contours de la fable. Enfin, même la question — pourtant la plus intéressante a priori posée par le film — de l’emballement des corps (la « malédiction » gestuelle et vocale de Cornélius, mais aussi celle d’autres lors d’un passage dans un asile de fous), qui aurait pu en appeler au bon souvenir des courts-métrages du même cinéaste, ne fait que parachever l’échec de celui-ci. Car de ces dérèglements, il échoue à faire un enjeu de cinéma, faute de conviction de mise en scène et de chorégraphie de ces danses endiablées et de ces clameurs venues du fond des poumons, si ce n’est en l’appuyer avec une chorégraphie du décor (une ou deux scènes dans le moulin) qui ne fait qu’accentuer l’artificialité. C’est que Le Quellec, en définitive, s’attarde surtout sur les éléments décoratifs de son conte, ceux censés l’habiller d’une fantaisie ostentatoire ; mais ce faisant, au conte et à la fantaisie, il néglige de donner du corps.

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