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Nuit noire en Anatolie

Nuit noire en Anatolie

de Özcan Alper

  • Nuit noire en Anatolie
  • (Karanlik Gece)

  • Turquie2022
  • Réalisation : Özcan Alper
  • Scénario : Özcan Alper, Murat Uyurkulak
  • Producteur(s) : Soner Alper, Bülent Makar, Ersin Çelik
  • Production : Nar Film, La Fabrica Nocturna Cinéma, ArtHood Films
  • Interprétation : Pinar Deniz (Sultan), Berkay Ates (Ishak), Cem Yigit Uzümoglu (Ali)...
  • Distributeur : Outplay Films
  • Date de sortie : 14 février 2024
  • Durée : 1h54

Nuit noire en Anatolie

de Özcan Alper

Anatolie de l’enfer


Anatolie de l’enfer

Une narration tortueuse et fragmentaire peut parfois relever d’un cache-misère : l’exercice intellectuel (un peu vain) de reconstruction du récit devient alors un moyen de pallier la faiblesse de la mise en scène. C’était récemment le cas de L’Innocence de Kore-Eda avec sa structure « à la Rashomon » et c’est malheureusement aussi celui de Nuit noire en Anatolie d’Özcan Alper, qui repose sur un jeu de flashbacks à la fois maladroit et contre-productif. Sept ans après avoir quitté brusquement son village natal d’Anatolie, Ishak doit faire face à son passé lorsqu’il est contraint d’y retourner pour se rendre au chevet de sa mère malade. De premières réminiscences se manifestent d’abord par l’entremise de plans assez brefs qui introduisent le personnage d’Ali, ancien garde forestier aujourd’hui disparu, et font peser sur le présent le poids d’une tragédie passée. Tout l’enjeu de la première partie du film consiste dès lors à disséminer les indices entre les deux temporalités pour révéler ce qui lie ces deux hommes et le drame qui les a séparés. Cette alternance se résume à une stratégie scénaristique balisée, qui vise à brouiller le récit afin de fabriquer un semblant de mystère, sans jamais nourrir véritablement une logique singulière de montage ou d’écriture susceptible d’épouser le processus mémoriel du personnage. Dès que le puzzle est à peu près reconstitué (au bout d’une demi-heure), le maigre intérêt du film disparaît et laisse place au déroulé d’une intrigue déjà esquissée au cours de la première partie.

Plus encore, cette structure narrative semble particulièrement peu adaptée à ce qu’elle raconte. Sans trop en dévoiler, le drame survenu sept ans auparavant rappelle fortement la trame d’As Bestas de Rodrigo Sorogoyen (elle-même inspirée des Chiens de paille de Sam Peckinpah), dans lequel une petite communauté rurale enfermée dans ses traditions rejetait puis persécutait un nouvel arrivant. La fragmentation du récit en flashbacks peine ici à rendre compte de cette mécanique complexe de marginalisation et produit plutôt une succession de vignettes caricaturales opposant de manière schématique Ali, citadin cultivé et sensible, à la communauté rurale, présentée comme un ensemble de rustres chasseurs virils. Ces scènes d’altercations sont également rejouées dans le temps présent pour tisser une analogie entre l’ostracisation du garde-chasse et celle d’Ishak, qui exhume cette affaire contre la volonté des autres villageois ; l’esbroufe scénaristique ne parvient alors plus à dissiper l’impression de voir un film qui fait du surplace.

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