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Memory

Memory

de Michel Franco

  • Memory

  • Mexique, États-Unis, Chili2022
  • Réalisation : Michel Franco
  • Scénario : Michel Franco
  • Image : Yves Cape
  • Montage : Oscar Figueroa
  • Producteur(s) : Michel Franco, Duncan Montgomery, Eréndira Núñez Larios, Alex Orlovsky
  • Production : Teorema, High Frequency Entertainment, Screen Capital, MUBI, Case Study Films
  • Interprétation : Jessica Chastain (Sylvia), Peter Sarsgaard (Saul)...
  • Distributeur : Metropolitan Filmexport
  • Date de sortie : 29 mai 2024
  • Durée : 1h40

Memory

de Michel Franco

Le temps retrouvé


Le temps retrouvé

Memory s’articule autour d’une tension et d’un rapprochement entre deux personnages a priori opposés : si Sylvia (Jessica Chastain) se révèle prisonnière d’un passé tourmenté (des agressions sexuelles lors de son adolescence) qui la laisse sur le qui-vive, Saul (Peter Sarsgaard) ne peut, quant à lui, se référer qu’à des souvenirs éloignés – atteint de démence, il voit sa mémoire immédiate lui filer entre les doigts. Le film n’est jamais aussi réussi que lorsqu’il filme l’apprivoisement réciproque de ces deux êtres blessés, pour qui le présent semble inatteignable.

Tout commence lors d’une « high school reunion », durant laquelle Sylvia croit reconnaître dans Saul l’un de ses agresseurs. Un plan fixe – la modalité de mise en scène privilégiée du film – saisit Sylvia, assise à une table, le regard happé par le vide et sa figure immobile découpée sur un arrière-plan de silhouettes dansantes. Dans la cohue se distingue un homme qui la regarde pendant quelques secondes, avant de s’asseoir auprès d’elle, sans un mot. L’ignorant d’abord, Sylvia quitte ensuite la fête. Quelques plans organisent alors une sorte de course-poursuite : le trajet de Sylvia vers son domicile est perturbé par une menace latente, le détail inquiétant de la présence furtive de Saul. Maintenant une certaine distance avec celle-ci, l’homme se glisse discrètement dans les plans, apparaît au coin d’une rue que vient d’arpenter Sylvia, entre dans un wagon de métro plusieurs secondes après elle, etc. Le malaise que distille la scène tient aussi au fait qu’elle se déroule dans un grand silence et que la normalité de ce qu’elle dépeint n’est déréglée que par la silhouette de Saul. La relation entre les personnages débute donc dans un trouble qu’épaissira, le petit matin venu, une découverte : l’homme qui effrayait Sylvia vivait lui-même une situation de crise, une désorientation provoquée par sa maladie.

S’accorder

Si l’on a souvent pointé la dimension carcérale de la mise en scène de Michel Franco, le plan fixe se fait plutôt ici le terreau d’un surgissement. Ainsi d’une belle scène où Sylvia, affligée par une dispute avec sa mère retrouvée, pleure dans sa baignoire, dans une image conventionnelle de la tristesse. Saul – avec lequel elle a entre-temps noué une relation amoureuse – se rapproche alors pour la réconforter, mais la compagne éplorée, qui s’est muée en amante mutine, l’attire à elle pour le faire chuter dans un bain de tendresse. Cette forme d’imprévisibilité que cultive le film culmine lors d’une scène de sexe en plan-séquence dans laquelle la caméra, cette fois en mouvement, suit les déplacements du couple. L’occasion pour Jessica Chastain de déployer un jeu complexe mêlant excitation et anxiété. Les effusions cohabitent avec des moments de pause ou d’hésitation : pour Sylvia, l’acte n’a rien d’anodin. Les postures de l’actrice et ses tressaillements traduisent une forme de nervosité, à la fois née de ses traumas passés et de l’appréhension, plus commune, de découvrir un corps et d’offrir le sien. Les étreintes des deux personnages, qui gagnent progressivement en fougue et en confiance, apparaissent dès lors presque relever d’un processus de guérison. Telle est la visée du film : offrir à ses personnages un espace dans lequel harmoniser leurs temporalités déréglées, pour trouver, à tâtons, leur rythme.

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