© Warner Bros. Pictures
La Fin d’Oak Street

La Fin d’Oak Street

de David Robert Mitchell

  • La Fin d’Oak Street
  • (The End of Oak Street)

  • États-Unis2026
  • Réalisation : David Robert Mitchell
  • Scénario : David Robert Mitchell
  • Image : Mike Gioulakis
  • Décors : Maya Shimoguchi
  • Costumes : Erin Benach
  • Montage : John Axelrad
  • Musique : Michael Giacchino
  • Producteur(s) : J. J. Abrams, Hannah Minghella, David Robert Mitchell, Matt Jackson, Tommy Harper
  • Production : Bad Robot Productions, Jackson Pictures
  • Interprétation : Anne Hathaway (Denis Platt), Ewan McGregor (Greg Platt), Maisy Stella (Audrey Platt), Christian Convery (Brian Platt), Jordan Alexa Davis (Jeannette Christiansen)...
  • Distributeur : Warner Bros. Pictures
  • Date de sortie : 12 août 2026
  • Durée : 1h40

La Fin d’Oak Street

de David Robert Mitchell

Monstres and Cie


Monstres and Cie

Les dinosaures sont-ils l’avenir de l’homme ? La question pourra surprendre, mais cette hypothèse saugrenue se pose un moment dans le quatrième film de David Robert Mitchell. Propulsés 200 millions d’années en arrière, le quartier résidentiel d’Oak Street et sa poignée d’habitants se retrouvent subitement plongés au milieu d’une faune mésozoïque particulièrement dangereuse et vorace. Devenu minuscule dans un monde qui le dépasse, l’humain y fait soudain figure d’animal apeuré réduit à survivre avec son seul couteau dans la main ou son modeste arc en bandoulière. Un tel retour en force de l’imaginaire jurassique s’avère d’abord savoureux : le récit rebat les cartes de l’Anthropocène en figurant un point d’origine improbable qui voit la nature reprendre radicalement ses droits. Et le jeu de tourner alors au massacre. Maisons cossues, gazons nickel et voitures bien lavées : les symboles culturels et sociaux d’uniformité et de réussite se voient littéralement piétinés par des dinosaures peu précautionneux. Le cinéaste verse même dans l’ironie scatologique plutôt bon enfant, et cela dès les premières séquences d’installation (les meilleures) où une gigantesque bouse retrouvée dans un jardin anticipe l’apparition de l’inconvenant qui l’a déposée sans sourciller. Toutefois, qu’on ne s’y trompe pas : plutôt que de se livrer au carnage pervers d’une humanité défaillante et de mettre à mal les valeurs familiales, le film s’attache volontiers à les réhabiliter.

Autant Under the Silver Lake était méandreux, autant La Fin d’Oak Street se révèle clair en empruntant à un schéma dramatique bien connu : un couple sur le point de divorcer et leurs deux enfants cherchent à sauver leur peau – c’est-à-dire leur famille. L’altérité et le danger renforceront in fine les liens, après avoir fait office de révélateurs. Aucune volonté ici de créer du trouble, de multiplier signes et indices, mais plutôt de se fondre dans un récit classique et lisible. David Robert Mitchell ira même jusqu’à expliquer l’inexplicable lors d’une scène de dialogue étonnante. Confinés dans le salon de la demeure familiale, les quatre protagonistes principaux tentent d’élucider leur mystérieuse situation. Le cinéaste filme en gros plan tantôt frontalement un des parents, tantôt un des enfants et un parent de profil, avec une lentille double focale qui permet de voir les visages des deux personnages nettement, alors qu’ils sont éloignés spatialement. C’est l’un des rares moments où Mitchell manœuvre en dehors du blockbuster corseté, mais pour un résultat contrasté. Passé l’effet de surprise déstabilisant, ce choix de mise en scène insistant tourne court, faute de réelle cohérence sur la durée. Le procédé ménage en effet une tension qui n’a pas lieu d’être : l’échange des points de vue confine à un partage des hypothèses, tandis que la caméra s’obstine jusqu’au bout à fragmenter de façon artificielle la conversation, en séparant les membres de la famille. Le parti pris bute en somme sur l’absence d’un regard le présidant.

Dans ce film produit par J.J. Abrams, qui convoque nombre de références « ambliniennes » (le décor suburbain, la famille dysfonctionnelle, les embardées adolescentes à vélo et, forcément, les dinosaures), que l’on jugera au mieux nostalgiques (les fameuses eighties dorées), au pire régressives, le cinéaste pourtant inspiré de It Follows peine à imposer sa patte et à échapper au statut de faiseur pragmatique. Tout juste parvient-il, ici ou là, à exploiter la profondeur de champ et à injecter un peu d’angoisse dans cette série B sans relief. Notamment lorsqu’un tyrannosaure se dirige lentement vers des personnages qui ont la mauvaise idée de lui tourner le dos, ou quand un énorme boa blanc se faufile discrètement dans une maison pendant que ses occupants, au premier plan, s’emploient à regarder tout autre chose. Ces quelques scènes réussies disent l’essentiel : le monstre importe moins que la menace patente qu’il représente – leçon spielbergienne s’il en est, parfaitement assimilée dans It Follows. Dès lors, la terreur tient à l’incertitude qu’il génère à l’intérieur du plan. Hélas, dans La Fin d’Oak Street, les dinosaures sont la plupart du temps à l’image du film : sympathiques et prévisibles.

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