Le Candidat

Le Candidat

de Niels Arestrup

  • Le Candidat

  • France2007
  • Réalisation : Niels Arestrup
  • Scénario : Niels Arestrup
  • Image : Romain Winding
  • Montage : Sylvie Gadmer
  • Musique : Sébastien Souchois, Olivier Innocenti, Christophe Oger
  • Producteur(s) : Pascal Verroust
  • Production : ADR Productions
  • Interprétation : Yvan Attal (Michel Dedieu), Niels Arestrup (Georges), Clotilde de Bayser (Christine), Maurice Bénichou (Maxime), Sophie Broustal (Nicole), Marie-Gaëlle Cals (la journaliste), Guillaume Gallienne (Sam), Laurent Grévill (Philippe)...
  • Date de sortie : 11 avril 2007
  • Durée : 1h35

Le Candidat

de Niels Arestrup

Huis clos de campagne


Huis clos de campagne

Onze jours pile avant le premier tour des prochaines élections présidentielles, la sortie en salles du premier film du comédien Niels Arestrup semble tellement relever du coup marketing qu’elle ne peut que provoquer la méfiance. Il y a quelques mois, le film Président de Lionel Delplanque surfait déjà sur l’anticipation d’une campagne présidentielle très attendue, les affiches teaser du film reprenant à leur compte les codes promotionnels d’un candidat en campagne. Loin d’être à la hauteur de ses arguments publicitaires, Président a fortement déçu malgré son potentiel de pavé dans la mare.

La promo autour de ce Candidat s’avère beaucoup plus discrète, et le film est à l’image de cette sobriété assumée. De prime abord, Arestrup semble se réfugier derrière un certain classicisme, propre aux films traitant des arcanes du pouvoir : ambiance feutrée, clairs obscurs, travail sur les ombres, les silences, les bruits étouffés, les chuchotements. D’emblée, Le Candidat embrasse les clichés : premier plan, une énorme berline noire traverse une petite route de campagne ; à l’intérieur, une femme fatale version « putain de la République » se remaquille, une main virile remplit une coupe de champagne. La voiture s’arrête au seuil d’une grande propriété bourgeoise, où des petites mains mettent la dernière touche à une réception très sélect. On peut craindre le pire, mais Arestrup ne fait que donner le ton : oui, nous sommes au cinéma, et le cinéaste prend visiblement un certain plaisir à distribuer des rôles, jouer avec les costumes, les décors, à tel point que l’on devine aisément qui est qui, chacun étant à sa place, les rôles étant impeccablement distribués.

Il ne faut pas attendre bien longtemps avant que la machine ne déraille : le personnage principal, ce fameux « candidat » à l’élection présidentielle, nous apparaît pour la première fois dans son bain, il écoute de la musique, il est jeune et a les traits d’Yvan Attal… L’acteur semble un peu décalé dans ce contexte, comme s’il s’était trompé de film, ce qui en l’occurrence sied particulièrement à son personnage, celui de Michel Dedieu, un homme propulsé dans la campagne présidentielle par son parti juste après que le candidat officiel ait dû se retirer pour cause de cancer foudroyant. Le film raconte l’entre deux tours, celui de la préparation, à huis clos, du débat qui va opposer Dedieu à son concurrent.

Le jeu très minimaliste d’Attal sert bien ce personnage complètement paumé dans ce grand échiquier auquel il ne comprend rien et dont on devine assez vite qu’il n’est qu’un pion au champ d’action très limité. Car évidemment, d’autres que lui tirent les ficelles : financiers, médias, symbolisés par un seul homme, l’énigmatique Georges, incarné par Arestrup lui-même. La grande force du film est de savoir adroitement suggérer la thèse du complot, enjeu scénaristique au fort potentiel fantasmagorique, dont les équivalences dans la vraie vie sont suffisamment obscures pour que les ressorts dramatiques proposés par le cinéaste restent constamment plausibles. D’autant plus qu’Arestrup sait doser ses effets et que chaque retournement de situation est mené avec une rigueur à la limite de l’austérité.

Niels Arestrup ne cherche pas particulièrement à révéler des secrets fracassants ni à utiliser des personnalités du monde politique pour donner un peu de piquant biographique à ses personnages. De même, le parti de Michel Dedieu n’est pas clairement dessiné – Arestrup se définit dans le dossier de presse comme « très à gauche » et Yvan Attal avoue avoir rencontré François Hollande pour préparer le rôle – mais il est facile de reconnaître, dans les choix de Michel Dedieu, si ce n’est les traits d’une personne existante, en tout cas les grandes lignes d’un certain idéal politique et un réel désir de poser des questions légitimes sans forcément chercher à y répondre… Ce qui fascine, en revanche, c’est la façon dont le cinéaste convoque sa très riche expérience de comédien de théâtre pour installer un univers cinématographique très personnel, à cheval entre mise en scène théâtrale et références à un certain cinéma – plutôt américain des années 1970, tendance Marathon Man ou Les Hommes du président, sentiment renforcé par un Yvan Attal plus proche que jamais des grandes heures de Dustin Hoffman. Le réalisateur s’égare en cours de route avec une sous-intrigue inutile autour de l’épouse du candidat, mais qu’à cela ne tienne : l’ensemble reste suffisamment maîtrisé pour captiver. Un thriller politique crédible et envoûtant à quelques jours du premier scrutin, à mettre devant tous les yeux, même les plus sceptiques…

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