Faussaire

Faussaire

de Lasse Hallström

  • Faussaire
  • (The Hoax)

  • États-Unis2006
  • Réalisation : Lasse Hallström
  • Scénario : William Wheeler
  • d'après : le livre The Hoax
  • de : Clifford Irving
  • Image : Oliver Stapleton
  • Montage : Andrew Mondshein
  • Musique : Carter Burwell
  • Producteur(s) : Mark Gordon, Leslie Holleran, Joshua D. Maurer, Betsy Beers, Bob Yari
  • Interprétation : Richard Gere (Clifford Irving), Alfred Molina (Dick Suskind), Marcia Gay Harden (Edith Irving), Hope Davis (Andrea Tate), Stanley Tucci (Shelton Fisher)...
  • Date de sortie : 13 juin 2007
  • Durée : 2h07

Faussaire

de Lasse Hallström

Trafic de mots


Trafic de mots

De Lasse Hallström, réalisateur suédois remarqué en 1985 pour son film Ma vie de chien, on connaît surtout son goût pour un cinéma consensuel et pantouflard (Le Chocolat, Une vie inachevée…). Pour ceux qui ne voient en lui qu’un exécuteur de films oscarisables, Faussaire pourrait bien marquer un revirement d’opinion ou bien, au contraire, renforcer cet avis (la direction d’acteur, impeccable, va dans ce sens).

Le faussaire en question se nomme Clifford Irving (Richard Gere) et n’est pas une invention (on peut l’apercevoir dans Vérités et Mensonges d’Orson Welles). C’est au début des années 1970 qu’il sema la pagaille en vendant les mémoires fictives du milliardaire Howard Hughes, aidé de sa femme et de son compère Dick Suskind (le génial Alfred Molina). Le film prend d’évidentes libertés par rapport aux faits et ce pour notre plus grand plaisir : vols de documents abracadabrants, improvisations brutes, suspense éditorial… Le rythme auquel avance Faussaire pourrait bien être aussi celui de la mutation d’une Amérique en pleine crise paranoïaque (on est en 1971 donc un an avant que n’éclate l’affaire du Watergate).

La visualisation de l’esprit mégalomane et mythomane d’Irving sert ici clairement de métaphore à l’acte de raconter des histoires (donc de faire du cinéma) autant qu’à explorer la gestuelle d’un acteur. Il faut voir comment Richard Gere se glisse dans le personnage d’Irving qui lui-même se perd en imitant Howard Hughes, cheveux gominés, fine moustache, blouson d’aviateur et accent texan à l’appui. Hallström utilise les techniques les plus diverses pour faire du spectateur le témoin de l’ascension du délire d’Irving. Mentir devient un enjeu cinématographique : des plans du film sont remontés illico par l’escroc et l’aident à mystifier sa femme qui l’accuse très justement d’infidélité. Recouper des morceaux, recycler, (re)coller, la vie d’un faussaire ressemble étrangement à celle d’un monteur…

En inscrivant « THE HOAX » sur la vitre embuée de la voiture qui le mène de sa popularité à sa proche incarcération, Clifford Irving mime la formule médiatique et déjoue la fabrication de sa nouvelle image. Toute la mise en scène tend vers ce moment où le personnage sera enfin encadré. Fini les tournoiements de caméra, adieu l’imagination homérique, disparu les moments de folie, place au statisme de la notoriété, à la permanence de la punition. Il ne reste au conteur qu’à attendre que le vivant refasse surface et s’affranchisse enfin de son monde-aquarium (Dick Suskind en combinaison de plongée l’annonçait déjà très tôt dans le film) factice.

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