Parque Vía

Parque Vía

de Enrique Rivero

  • Parque Vía

  • Mexique2008
  • Réalisation : Enrique Rivero
  • Scénario : Enrique Rivero
  • Image : Arnau Valls Colomer
  • Montage : Javier Ruiz Caldera
  • Producteur(s) : Paola Herrera, Enrique Rivero
  • Interprétation : Nolberto Coria (Beto), Nancy Orozco (Lupe), Tesalia Huerta (Madame)...
  • Date de sortie : 8 juillet 2009
  • Durée : 1h26

Parque Vía

de Enrique Rivero

Mécanique de l'enfermement


Mécanique de l'enfermement

Ce premier long-métrage du cinéaste mexicain Enrique Rivero, récompensé au festival des Trois Continents et à Locarno, nous présente une mécanique de l’enfermement terrifiante. Dans un style oscillant entre fiction et documentaire, le réalisateur décrit avec pertinence le processus d’exclusion des classes populaires de son pays. Très maîtrisé dans sa forme, Parque Vía souffre pourtant d’un aspect démonstratif, en raison de la volonté louable et aveugle de son auteur d’exposer ses idées avec une radicalité un peu trop théorique.

Les jeunes auteurs mexicains aiment disserter sur la violence sociale qui touche un pays encore largement marqué par la misère et les inégalités sociales. Parque Vía débute par un plan qui résume à lui-même cette idée et le projet de l’œuvre : un insecte violemment écrasé. Cet insecte, c’est Beto, le gardien d’une luxueuse demeure, qui occupe seul les lieux dans l’attente que la maison soit vendue par sa richissime propriétaire. Il est un indio, membre du peuple indigène du Mexique, asservit par la bourgeoisie blanche du pays. Rivero, qui prépare ce projet depuis plusieurs années, fondé sur ses observations lors de visites à Mexico, mêle intelligemment fiction et documentaire en basant son film sur la vie de Nolberto Coria, qui joue ici son propre rôle (le film a été tourné dans la maison où il a travaillé). La caméra du cinéaste colle au plus près du corps du vieil homme, qui témoigne de son rythme de vie passé, fondé sur des actes désincarnés. Avec cette œuvre, Rivero s’inscrit dans une tendance du jeune cinéma d’Amérique latine, notamment mexicain, qui tend à traiter d’une aliénation liée au cauchemar social. On peut citer par exemple Amat Escalante, (Los Bastardos, Sangre) ou encore Aarón Fernández (Pièces détachées). Le réalisateur filme une mécanique de l’enfermement et de la frustration grâce à une mise en scène jouant sur la répétition des gestes, des séquences et du vide. Son personnage ne vit pas, il est déjà mort, celui-ci reproduit chaque jour les mêmes actes, qui prennent la forme d’un rituel cinématographique morbide.

En filmant ce processus d’exclusion aliénante, Rivero décrit avec pertinence la fracture sociale mexicaine : les classes populaires sont maîtrisés par des dominants qui les asservissent grâce à des tâches ingrates et en les abreuvant de flots d’informations télévisés anxiogènes. Ils s’enferment ainsi dans la peur de l’autre et du monde extérieur. La bourgeoisie, qui cherche à préserver ses acquis et ses privilèges, peut ainsi dominer tranquillement et éviter toute contestation violente. C’est ainsi que vit Beto ; il passe tout son temps cloîtré dans la demeure, travaillant et regardant une télévision abrutissante. Chacune de ses sorties dans un univers de bruits, de klaxons et de foule est une véritable épreuve, qui l’amène jusqu’à l’évanouissement. Le jeune cinéaste fait ainsi quelques incursions discrètes dans les rues de la capitale, son personnage documentaire observant de loin les quartiers pauvres qui sont confinés derrière une frontière de classe. Cette figure de la frontière tient d’ailleurs un rôle essentiel dans Parque Vía : le vieux gardien hésite constamment à franchir le pas de sa porte ; il a également un rapport presque familial avec sa propriétaire, sans jamais dépasser la ligne qui marque leur statut. Muré et exclu de la modernité environnante, il fait son deuil, le futur lui apparaissant effrayant et tellement lointain. Cela entraîne une frustration chez un personnage qui retient sa rage, le poing serré, jusqu’à une explosion de violence finale qui l’amène à l’emmurement total. Cette exclusion ne peut amener que la violence et la révolte contre des classes dirigeantes, qui ne l’ont toujours pas compris. La réflexion de Rivero est alors très juste.

Parque Vía est très maîtrisé dans sa forme, grâce à la beauté de ses plans fixes, son jeu sur les sensations du personnage et sa bande sonore qui décrit l’enfermement et la confusion (particulièrement dans les séquences d’extérieur). Si Rivero nous présente une mécanique filmique cohérente et sans concession, son film souffre malheureusement d’un trop plein démonstratif en raison d’effets surlignés : par ses redondances et ses répétitions, évidemment justifiées par le projet thématique du cinéaste, l’œuvre devient trop claire dans ses enjeux et quelque peu théorique. L’auteur nous délivre également quelques lieux communs propres au cinéma art et essai convenu, qui aime se fonder sur un misérabilisme bon teint : si la vie des classes populaires mexicaines est terrible, elles peuvent tout de même connaître une certaine joie de vivre et des désirs. Dans quelques séquences, le regard de Rivero relève paradoxalement de celui d’une élite, qui observe de haut le Mexique d’en bas, représenté par l’acteur principal mais également par une prostitué habituée aux bars misérables. La vision du cinéaste gagnerait à être moins extérieure envers les sujets filmés. Rivero fait tout de même preuve d’un vrai talent de réalisateur et d’une conscience sociale louable. Il est juste quelque peu maladroit dans le traitement de ses thèmes en restant trop attaché à sa démonstration. Si ce premier long-métrage est imparfait, il annonce un cinéma social intéressant, à condition que son auteur s’immerge avec davantage de spontanéité dans les milieux décrits.

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