The Silent House

The Silent House

de Gustavo Hernández

  • The Silent House
  • (La Casa Muda)

  • Uruguay2010
  • Réalisation : Gustavo Hernández
  • Scénario : Oscar Estévez
  • Image : Pedro Luque
  • Montage : Gustavo Hernández
  • Musique : Hernán González
  • Producteur(s) : Gustavo Rojo
  • Interprétation : Florencia Colucci (Laura), Abel Tripaldi (Néstor), Gustavo Alonso (Wilson), María Paz Salazar (la fillette)...
  • Distributeur : UFO Distribution
  • Date de sortie : 16 mars 2011
  • Durée : 1h19

The Silent House

de Gustavo Hernández

Seule dans la maison vide


Seule dans la maison vide

Surfant sur la vague horrifique hispanique ([Rec], L’Orphelinat…), de (trop) nombreux films espagnols ou sud-américains échouent sur nos écrans ces dernières années. C’est au tour de l’Uruguayen Gustavo Hernández de tenter sa chance avec ce premier long métrage. The Silent House, sélectionné à Gérardmer et à la Quinzaine cannoise, rejoue l’angoisse du huis clos dans une maison isolée et a priori « occupée » par un tueur. Rien de neuf sous le soleil, si ce n’est un parti pris cinématographique de taille : réaliser le film en un plan-séquence unique. Alors esbroufe ou tour de force ?

Wilson et sa fille Laura ont été engagés pour retaper une vieille maison inhabitée. Alors qu’ils s’installent pour passer la nuit et commencer les travaux dès le lendemain, des bruits de pas se font entendre à l’étage. Wilson armé d’une lampe torche décide d’aller jeter un œil… il ne reviendra pas. Paniquée, Laura découvre qu’elle est prisonnière de la masure tandis que les craquements se rapprochent.

Si le script se révèle relativement indigent, la volonté d’immersion d’Hernández fonctionne, elle, plutôt efficacement. Tourné grâce à un appareil-photo/caméra (plus maniable compte tenu des enjeux de mise en scène), The Silent House distille la peur en collant aux basques de son personnage principal. Quasi omniprésente tout au long du métrage, Laura oscille, de façon assez réaliste, entre frayeur paralysante, tentatives désespérées (et hystériques) de fuite et instinct de survie. L’histoire se déroulant à la tombée du jour, on progresse dans la pénombre de la maison à coup de lampes de poche, dispositif qui permet un découpage anxiogène de l’espace. Le faisceau lumineux laisse immanquablement une large part du plan dans le noir, nourrissant la peur du personnage mais surtout l’effet d’enfermement du spectateur dans un cadre préétabli. Piégé comme elle, le public n’a d’autre choix que de suivre son parcours (physique et psychique), de sursauter à ses soubresauts, de retenir sa respiration quand l’intrus se rapproche… Autre idée « lumineuse », qui rappelle la caméra à vision nocturne du Silence des agneaux ou plus récemment de [Rec], l’utilisation d’un flash de polaroïd pour découvrir le paysage d’une chambre enténébrée et réagir à cette vision avec quelques millièmes de secondes de décalage. Autant dire que dans un film à suspens, ce microscopique retard intensifie encore un peu plus la tension du pauvre spectateur. Le choix du plan-séquence (même si on peut soupçonner quelques coupes de-ci, de-là lorsque le noir se fait dans une pièce) renforce cette nécessité d’être réactif à tous les stimuli auditifs et visuels auxquels la protagoniste (et a fortiori le public) est soumise.

À l’issue de cette première partie tendue, un rebondissement intervient (l’arrivée du propriétaire de la maison) qui « reboote » la narration à son point d’origine. De nouveau, un personnage tente d’aider Laura, de nouveau il meurt. Même cause, même conséquence me direz-vous. Sauf que cette mort va agir comme un révélateur pour un twist final qui abandonne la piste film d’horreur pour sombrer dans le drame psychologique. Il est d’ailleurs conseillé au public de rester jusqu’à la fin du générique pour avoir l’explication inutile et rationnelle du jeu de massacre auquel on a assisté.

Estampillé « tiré d’une histoire vraie » (une véritable épidémie du cinéma contemporain), The Silent House parvient donc à tenir son engagement stylistique (le fameux plan-séquence) mais bifurquant vers un dénouement trop illustratif, le film oublie que seuls le hors-champ et le non-dit effraient. Une fois les zones d’ombre éclairées, ne reste qu’une histoire banale de fille flippée dans une grande maison vide.

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