Réfractaire

Réfractaire

de Nicolas Steil

  • Réfractaire

  • Luxembourg2009
  • Réalisation : Nicolas Steil
  • Scénario : Nicolas Steil, Jean-Louis Schlesser
  • Image : Denis Jutzeler
  • Décors : Christina Schaffer
  • Costumes : Uli Simon
  • Son : Carlo Thoss
  • Montage : Loredana Cristelli
  • Producteur(s) : Nicolas Steil
  • Interprétation : Grégoire Leprince-Ringuet (François), Marianne Basler (Malou), Arthur Dupont (Théo), Guillaume Gouix (René)
  • Date de sortie : 10 novembre 2010
  • Durée : 1h40

Réfractaire

de Nicolas Steil

Ohé partisans


Ohé partisans

Voici un long-métrage luxembourgeois – ce qui n’est pas fréquent – faisant la part belle à la jeune garde mâle du cinéma francophone, Grégoire Leprince-Ringuet et Arthur Dupont occupant les premiers rôles. Le sujet est malheureusement convenu (encore la résistance) et le traitement bien trop téléfilm.

Claude Berri avait lancé la mode en France. Dominique Farrugia se met lui aussi de temps en temps derrière la caméra. Étienne Comar a signé le scénario de Des hommes et des dieux. Certains producteurs se voient aussi en créateur. Aux commandes de sa société Iris Productions, Nicolas Steil est de ceux-là. Pourquoi pas d’ailleurs ? Puisque tout le monde se targue aujourd’hui de réaliser, qu’il soit auteur de BD, romancier, comédien(ne), voire ancienne miss météo sur Canal+.
Pour son premier long-métrage, il choisit de s’attaquer à la période de la Seconde Guerre mondiale, de faire de ses héros des réfractaires, des jeunes Luxembourgeois, qui refusent d’incorporer les forces de l’Axe et de partir sur le front russe. Il les place au fond d’une mine, leur cachette, en compagnie de résistants plus politiques, où ils attendent ensemble la Libération.
L’angle n’est pas inintéressant historiquement comme esthétiquement. Le côté petite communauté vivant en autarcie à côté des civils pourrait captiver et émouvoir. Mais la résistance aux nazis a fait son temps comme sujet original. Des films et des films en ont fait leur synopsis à en épuiser toutes les figures héroïques et toutes les situations dramatiques possibles de cette époque troublée. Après Melville ou Verhoeven, la fenêtre de tir commence à se réduire, même Tarantino et ses Inglourious Basterds ne s’en sortaient que par la dérision postmoderne.

Nicolas Steil tente donc, quelque part, l’impossible. Il est tout de même bien difficile de renouveler le regard du spectateur sur une période aussi ancrée dans l’art et l’imaginaire collectif européen. Surtout qu’il n’est pas à l’évidence le plus grand des formalistes.
Tout dans Réfractaire renvoie à ce que fabrique la télévision. Le cadre est étriqué, faute de moyens certes, mais un grand angle en forêt ne coûte pas plus qu’un plan serré sur trois pauvres arbres dans une clairière. L’image est lisse, sans aspérités, avec une lumière si plate qu’on pourrait indiquer l’emplacement des projecteurs. Les costumes semblent sortir tout juste de leurs cintres, les décors respirent le carton-pâte, et les figurants bougent comme des pantins désarticulés.
L’histoire en elle-même est calibrée pour un samedi soir sur France 3. Le gentil Grégoire Leprince-Ringuet fait son jeune premier, manquant d’envergure, tandis que le méchant Carlo Brandt en fait des tonnes en vieux communiste patibulaire. La belle Marianne Basler dévoile assez de peau pour exciter le bourgeois, avec la clef une histoire d’amour très tarte, et la violence est suffisamment déréalisée pour ne pas choquer la ménagère.
L’ensemble se laisse regarder, fait passer le temps, mais ce n’est pas ce que l’on attend d’un film de cinéma. Il en manque la profondeur, le trouble, et la beauté. Dans un monde idéal, Réfractaire ne serait jamais sorti en salles où il n’a pas grand-chose à faire, si ce n’est occuper les écrans à la place de vraies œuvres. À sauver toutefois une scène de torture sur les marches d’un escalier, étonnante dans sa construction, presque du Melville pour le coup.

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