Près du feu
  • Près du feu
  • (Sentados Frente al Fuego)

  • Chili, Allemagne2011
  • Réalisation : Alejandro Fernández Almendras
  • Scénario : Alejandro Fernández Almendras
  • Image : Inti Briones
  • Son : Pablo Pinochet
  • Montage : Alejandro Fernández Almendras, Jerónimo Rodríguez
  • Musique : Los Jaivas, Georges Gurdjieff
  • Producteur(s) : Eduardo Villalobos Pino
  • Interprétation : Daniel Muñoz (Daniel), Alejandra Yáñez (Alejandra), Daniel Candia (le paysan), Tichi Lobos (Sussy)
  • Distributeur : Arizona Films
  • Date de sortie : 22 août 2012
  • Durée : 1h35

Combustion spontanée


Combustion spontanée

Faire l’expérience d’un film comme Près du feu a quelque chose de l’exercice : un exercice de patience. Et c’est un pari risqué, d’ailleurs, que de loger les fulgurances d’un film dans ses creux, entre les lignes, au terme de ses séquences et même de la fiction tout entière. Près du feu est un de ces films difficiles car arides et très simples. Et si la simplicité est une qualité, elle est dans le film d’Alejandro Fernández Almendras de celles qui s’éprouvent pour que s’offre, de-ci de-là, le soupçon d’un éclat.

Ce troisième film chilien met en scène différentes étapes de la vie conjugale de Daniel et Alejandra, ponctuées par les voyages professionnels du mari loin du domicile et la maladie de son épouse (vraisemblablement un cancer), tue mais évidente. Cette maladie, qui progresse en secret à mesure qu’avancent les différents chapitres du film et finit par emporter le personnage féminin, ne se donne que par signes : une conversation au téléphone, des médicaments avalés après une nuit d’amour, une séquence à l’hôpital, un bonnet qui cache, on le devine, des cheveux peu nombreux. Puis, surtout, la disparition d’Alejandra dans la dernière partie.

Près du feu est un film comme cela : presque une devinette, une fiction dont le sens se lit au travers des silences du scénario. Un film où ne brillent, en somme, que les rares lueurs d’un simple quotidien. Toujours à distance de ses personnages, la caméra statique d’Alejandro Fernández Almendras joue au jeu du regard absent, parfois agaçant. Les minutes épuisent les gestes du quotidien le plus banal du couple : travaux aux champs, dîner à deux, conversations sur l’oreiller. Le choix de retrancher du récit les points culminants de l’intrigue est audacieux et, au terme du film, intéressant – mais il laisse le goût âpre de la vacuité.

Pourquoi choisir de se limiter à de rares moments d’éclat ? Près du feu est un film qui se donne lentement : où on ne saisit la beauté de la tendresse qui unit le couple des protagonistes que soudain, au milieu d’une longue scène dialoguée où les deux amants se racontent leur première fois. Soudain ou même in extremis, à la fin du film, quand l’absence à peine évoquée de la protagoniste se montre dans le geste las d’un homme veuf. Pourquoi choisir de se tenir si loin (narrativement comme à l’image) de ses personnages ? C’est une intention louable, pleine de pudeur. Elle tient malheureusement pour une bonne part sinon de l’ennui, en tout cas d’un intérêt épisodique.

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