Depuis que nous avons fait connaissance avec ces Rencontres lors de l’édition 2011, nous éprouvons un vif attachement pour cette manifestation dont le seul enjeu – et ce n’est pas le moindre – est de montrer et transmettre en englobant un grand nombre d’écritures cinématographiques. Ceci avec un appétit pour un « cinéma du réel », tout en ne fermant aucune porte – y compris celle de l’animation, à l’honneur cette année avec Jasmine d’Alain Ughetto.
Le parcours proposé par Pascal Privet passera notamment par le cinéma de Dyana Gaye, qui, à l’image des Rencontres cinéma de Manosque, prend en charge le mouvement du monde. Des étoiles procède largement d’Un transport en commun, comme une sorte d’extension du moyen métrage précédent de la cinéaste que nous avions mis en valeur. Après le voyage en taxi-brousse de Dakar à Saint-Louis, Dyana Gaye change d’échelle et dessine une cartographie en même temps que les trajectoires de trois destins entre New York, Dakar et Turin.
Mais le mouvement du monde peut être saisi à partir du localisme. Dans son diptyque, Claire Simon fait de la Gare du Nord, à Paris, un monde. Ce passionnant travail que nous avons suivi en amont – notamment lors de la table ronde « Personnage(s) » en 2012 à Cinéma du Réel – et soutenu dans nos colonnes sera montré comme il se doit, c’est à dire Géographie humaine, versant documentaire du projet, et, son pendant fictionnel, Gare du Nord. Lors du dernier festival de Locarno, nous regrettions que l’un et l’autre n’aient pas connu une distribution conjointe tant ces deux films ont été imaginés ensemble, et se nourrissent indubitablement. Avec Lussac et Gindou, Manosque sera l’occasion de « réparer » cette fâcheuse lacune, ceci agrémenté d’un débat articulé autour de cette déclinaison d’un même lieu en deux formes cinématographiques.
Par ailleurs, deux filmographies se croiseront, celle de Jacques et Diane Baratier pour un dialogue à travers cinq films, dont le portrait du père par la fille. On pourra également découvrir des œuvres remarquées dans différents festivals, comme Sopro de Marcos Pimentel, Monsieur Morimoto de Nicolas Sornaga ou encore Révolution Zendj de Tariq Teguia. Dans ce dernier, le héros est un journaliste nommé Ibn Battûta, homonyme du géographe et voyageur arabe du Moyen-Âge, dont le goût du périple sied on ne peut mieux à la manifestation manosquine, qui sera, comme toujours, agrémentée de nombreuses rencontres avec les cinéastes.