Bodybuilder

Bodybuilder

de Roschdy Zem

  • Bodybuilder

  • France2013
  • Réalisation : Roschdy Zem
  • Scénario : Roschdy Zem, Julie Peyr
  • Image : Thomas Letellier
  • Décors : Jérémie D. Lignol
  • Costumes : Emmanuelle Youchnovski
  • Montage : Monica Coleman
  • Producteur(s) : Pascal Caucheteux, Grégoire Sorlat, Roschdy Zem
  • Production : Hole in One, Why Not Productions
  • Interprétation : Vincent Rottiers (Antoine Morel), Yolin François Gauvin (Vincent Morel), Marina Foïs (Léa), Nicolas Duvauchelle (Fred Morel), Dominique Reymond (Muriel), Roschdy Zem (Vadim), Adel Bencherif (Luigi), Caroline Gaume (Caroline)
  • Distributeur : Mars Distribution
  • Date de sortie : 1 octobre 2014
  • Durée : 1h40

Bodybuilder

de Roschdy Zem

Le juste effort


Le juste effort

Pour son troisième passage derrière la caméra (après Mauvaise foi en 2006 puis Omar m’a tuer en 2011), Roschdy Zem oscille toujours entre un souci de justesse du regard et une prudence formelle qui ne lui permet pas encore de réaliser autre chose que de plaisants téléfilms. Le scénario de Bodybuilder – dont on pourra regretter le titre un peu sommaire compte tenu des enjeux qui y sont développés – offrait pourtant une matière plutôt intéressante dans la mesure où on se retrouve ici au beau milieu d’un double conflit : le premier oppose Antoine (Vincent Rottiers), petit délinquant contraint de disparaître de Lyon, à un père bodybuilder qui ne l’a jamais élevé ; le second – plus intime et opaque – confronte ce même homme à son corps vieillissant, de moins en moins en mesure de répondre aux prouesses qu’exige une telle activité sportive. Dans cette rencontre, le lien entre ces deux hommes relève d’une nécessité : si celle d’Antoine semble plus pragmatique – le prétexte est de fuir les truands qui veulent sa peau –, elle le confronte néanmoins à un pan de sa vie familiale restée jusqu’ici en hors-champ. Pour le père, le sérieux avec lequel il endosse de manière inattendue cette nouvelle responsabilité se nourrit d’une droiture militaire qui le caractérise dans l’exercice de sa passion.

Le corps et l’effort

La belle réussite de Bodybuilder est très certainement d’avoir trouvé la juste distance pour filmer ses personnages. Sans jamais tomber dans un voyeurisme malsain, Roschdy Zem scrute l’effort et la douleur des pousseurs de poids sans chercher de maladroites justifications psychologiques. S’il parvient à faire sourire de certains excès, c’est toujours avec une forme de complicité bienveillante. Il n’y a dans cette démarche ni mépris ni condescendance, juste un intérêt manifeste pour ceux qui se livrent à un exercice et une discipline solitaires. Sans s’attarder de manière trop ostentatoire, le réalisateur parvient d’ailleurs à rendre compte de cet isolement auquel peut condamner ce défi qui n’a jamais d’autres objectifs que de répondre à un dépassement de soi. La mise en opposition avec le tempérament désordonné d’Antoine semble du coup presque trop évidente : on imagine aisément à quel niveau peut se situer la transmission et le potentiel de conversion d’un personnage identifié dès le départ comme défaillant. Sauf que le récit parvient à ménager un intérêt autour du père : protégé par une robustesse qui pourrait le rendre indifférent aux tourments extérieurs, l’homme fait néanmoins preuve d’une sensibilité économe, travaillé par un doute sincère qui le préserve de la mièvrerie.

Enjeux secondaires

Il est cependant dommage que le scénario n’ait pas davantage misé sur cette quête individuelle autour de laquelle gravitent des personnages plutôt attachants (dont celui interprété par Marina Foïs, assez inattendue dans le rôle de la compagne discrète et compréhensive) pour se laisser parasiter par des enjeux secondaires. Du comportement autodestructeur d’Antoine, on ne retient que trop souvent ses altercations avec Luigi et sa bande, trop rapidement réduits à des magouilleurs de seconde zone. On flirte même avec la caricature lorsque deux filles surexcitées débarquent dans le pressing de la mère pour lui faire payer les méfaits de son fils. Cette approximation scénaristique prouve que Roschdy Zem et sa co-scénariste Julie Peyr ont cherché par tous les moyens un prétexte, aussi téléphoné soit-il, pour provoquer un rapprochement entre deux personnages que tout oppose. Le film aurait certainement gagné à se défaire de ce prétexte pour trouver sa pleine cohérence et donner davantage de corps et de douleur à ses personnages.

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