Le Juge

Le Juge

de David Dobkin

  • Le Juge
  • (The Judge)

  • États-Unis2014
  • Réalisation : David Dobkin
  • Scénario : Nick Schenk, Bill Dubuque, David Dobkin
  • Image : Janusz Kamiński
  • Décors : Mark Ricker
  • Montage : Mark Livolsi
  • Musique : Thomas Newman
  • Producteur(s) : Susan Downey, David Dobkin, David Gambino
  • Interprétation : Robert Downey Jr (Hank Palmer), Robert Duvall (juge Joseph Palmer), Billy Bob Thornton (Dwight Dickham), Vera Farmiga (Samantha Powell), Vincent D'Onofrio (Glen Palmer), Jeremy Strong (Dale Palmer)
  • Distributeur : Warner Bros France
  • Date de sortie : 22 octobre 2014
  • Durée : 2h21

Le Juge

de David Dobkin

Verdict : ratage


Verdict : ratage

Avec une affiche alléchante (Robert Downey Jr et Robert Duvall) et ancré dans un univers référencé dont le cinéma se repaît depuis des décennies (le film de prétoire), Le Juge peut susciter une certaine curiosité. Réalisé par David Dobkin, plutôt habitué aux comédies (Serial noceurs, Frère Noël, Échange standard), le long-métrage voudrait se situer dans la lignée des procedural movies, mâtiné d’une touche de drame familial. Mais après 2h20 de spectacle, ne demeure que la patine d’un cinéma à papa, poussiéreux et profondément ennuyeux.

Hank Palmer (Robert Downey Jr), avocat sans morale auréolé de succès contestables (il s’est fait une spécialité de défendre les coupables, les innocents n’ayant pas les moyens de s’offrir ses services) apprend le décès de sa mère et doit illico presto se rendre dans sa bourgade d’origine où l’attendent les conflits familiaux qu’il a tenté d’enterrer. Fils du juge Palmer (Robert Duvall), une figure locale respectée, Hank va devoir prolonger son séjour au-delà des funérailles maternelles, son père se révélant bientôt l’unique suspect d’un meurtre. Malgré l’animosité entre les deux hommes, le clan se soude tant bien que mal pour faire face à cette accusation lourde de conséquences.

Calamity Bob

Dès les premières minutes d’exposition du personnage campé par Robert Downey Jr, on comprend que la finesse ne sera pas au rendez-vous du Juge. Le portrait a priori détestable de l’avocat n’aura de cesse d’être redoré à l’aune des révélations successives de son enfance difficile. Un père à l’éducation rigide, des résultats scolaires édifiants qui n’ont jamais suscité chez le paternel une quelconque fierté, un trauma qui lie Hank à son frère Glen (Vincent D’Onofrio), rien n’est épargné au spectateur. David Dobkin semble ainsi égrener tous les clichés psychologisants pour alimenter cette pseudo guerre familiale et les effets délétères qu’elle produit encore sur la vie de l’avocat. Si jadis Robert Downey Jr savait tirer de son physique avantageux un jeu nuancé (Chaplin, Wonder Boys), il a depuis son implication dans la franchise Marvel (Iron Man et autres Avengers) sombré dans une caricature de lui-même, le playboy bourré d’autodérision. Propulsé dans un univers sombre et dénué de tout effet spécial, il peine à exister à l’écran, sa composition flirtant parfois avec le ridicule quand il s’agit d’émouvoir. Le froncement des sourcils et le pincement des lèvres se révèlent bien insuffisant pour convaincre, d’autant plus qu’il affronte lors de nombreuses séquences Robert Duvall, acteur tout en retenue qui campe un juge vieillissant aux portes de la sénilité, incapable d’exprimer ses sentiments. À la dualité des personnages répond ainsi une disproportion de qualité de jeu dont le film ne sort malheureusement pas gagnant.

Plaidoyer pour les clichés

Si Le Juge se contentait d’enregistrer une mauvaise performance d’acteur, l’honneur serait sauf. Mais côté scénario, cousu de fil blanc, ce n’est guère mieux. Tous les éléments font figure de déjà-vu de la petite amie oubliée sur place par Hank, qui aime toujours vingt ans après celui qui l’a plantée là comme un légume au petit frère un peu attardé qui incarne le ciment de cette famille dysfonctionnelle, en passant par l’analogie lourdingue entre une tempête qui ravage la ville et l’affrontement père/fils. Qu’il s’agisse de la construction des personnages ou du récit, Le Juge s’enfonce dans des poncifs éculés que l’enjeu du film (la condamnation éventuelle de Robert Duvall) ne parvient pas minorer. Le triste happy-end résume à lui seul l’indigence du projet. La mort efface les haines du passé, répare les êtres et renoue les idylles. 2h20 pour en arriver là, c’est un peu long tout de même.

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