Alphabet

Alphabet

de Erwin Wagenhofer

  • Alphabet

  • Autriche, Allemagne2013
  • Réalisation : Erwin Wagenhofer
  • Scénario : Sabine Kriechbaum, Erwin Wagenhofer
  • Image : Erwin Wagenhofer
  • Son : Lisa Genser, Nils Kirchhoff, Tong Zhang, Daniel Weis, Ansgar Frerich
  • Montage : Michael Hudecek, Monika Schindler, Erwin Wagenhofer
  • Musique : André Stern
  • Producteur(s) : Mathias Froberg, Viktoria Salcher, Peter Rommel
  • Production : Prisma Film, Rommel Film
  • Distributeur : Zootrope Films
  • Date de sortie : 21 octobre 2015
  • Durée : 1h48

Alphabet

de Erwin Wagenhofer

Jusqu'à épuisement ?


Jusqu'à épuisement ?

Alphabet clôt, paraît-il, une trilogie dite « de l’épuisement », que le réalisateur Erwin Wagenhofer a ouverte avec We Feed the World et poursuivie avec Let’s Make Money. Soit trois documentaires qui se sont fait un devoir de mettre en évidence différents chemins empruntés par le monde moderne pour aller droit dans le mur. We Feed the World s’intéressait aux dérives de l’industrie agroalimentaire. Let’s Make Money se plongeait dans la dérégulation de l’économie de marché. Alphabet, lui, se penche sur les failles de nos systèmes éducatifs. S’il est difficile de mettre en doute le bien-fondé des constats qui motivent ces documentaires, ou de nier ses intentions militantes, les moyens employés pour éveiller les consciences accusent (dans ce dernier film, en tout cas) des limites qui incitent à réagir.

La méthode Wagenhofer se base sur une idée simple, défendable et à la perspective inquiétante. Celle d’Alphabet peut se formuler ainsi : nos systèmes éducatifs, supposément modernes mais héritant de modes de pensées anciens (les révolutions industrielles des XIXe et XXe siècles), formatent les jeunes générations dans un esprit de compétition et de rentabilité, au détriment de l’ouverture d’esprit et de la créativité. L’ennui est que pour Wagenhofer, l’idée est une ornière dont il s’agit de ne jamais sortir, sauf cas exceptionnel. Le film se constitue d’une série d’entretiens d’experts, de professeurs, de cadres, d’artistes qui vont chacun proposer sa perspective potentiellement intéressante du sujet, mais pour systématiquement et consciencieusement revenir au même cri d’alarme. Que le fondateur d’un atelier pédagogique plaide pour une libération des carcans de l’éducation traditionnelle, qu’un neurobiologiste alerte sur les contraintes imposées à l’organisme, ou qu’un ancien cadre de Deutsche Telekom « repenti » se livre à des métaphores, il s’agit moins de retourner le sujet dans divers sens que de réaffirmer, illustrer à l’envi une idée dressée en consensus. Les images, elles, se contentent de constituer un arrière-plan transparent au discours qu’elles tapissent à plus ou moins bon escient, comme dans un reportage à peu près consciencieux.

Un autre documentaire est possible

Le militantisme affirmé par Wagenhofer s’accomplit ainsi dans une forme de propagande où le spectateur est invité à recevoir docilement le message. La démarche suscite d’autant plus de défiance que Wagenhofer, de façon ostensible, s’appuie majoritairement sur des propos d’experts dans leurs domaines respectifs auxquels le film donne la parole du haut de leur expérience. On en vient alors à guetter les interventions qui échapperaient à ce schéma, à cette ornière, pour s’intéresser plus résolument à d’autres dimensions du problème. On trouve un peu de cela dans les apparitions de Patrick, agent de sécurité à Hambourg qui témoigne de la précarité de sa situation et du regret de ses anciennes aspirations déçues. Ou encore celles de Pablo Pineda Ferrer, diplômé en psychopédagogie bien qu’il soit atteint de trisomie 21[1]Personnage par ailleurs pas complètement étranger au cinéma, puisqu’il tient un des rôles principaux du film Yo, También d’Álvaro Pastor et Antonio Naharro, rôle il est vrai très proche de sa personne., dont les réflexions incisives sur les préjugés concernant son éducation tranchent agréablement avec l’esprit de sérieux des autres intervenants. De quoi tempérer, de justesse, la coercition du discours à l’œuvre dans ce documentaire, tandis qu’il entend dénoncer celle des esprits.

Notes

Notes
1 Personnage par ailleurs pas complètement étranger au cinéma, puisqu’il tient un des rôles principaux du film Yo, También d’Álvaro Pastor et Antonio Naharro, rôle il est vrai très proche de sa personne.

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